
Comme d’habitude ou presque, l’Ecosse passait pour un sérieux outsider, à l’aube du Tournoi des six nations. Mais, comme souvent, Finn Russell et ses coéquipiers ont déçu, battus d’entrée de jeu par l’Italie, samedi 7 février. S’il n’a pas encore renoncé au titre, le XV du Chardon sait déjà qu’il devra attendre au moins un an de plus avant de signer un Grand Chelem, que tout un peuple attend depuis 1990 – à l’époque, dans le Tournoi des cinq nations. Cependant, les Ecossais se sont trouvé un autre motif de fierté dans la compétition en la personne de Hollie Davidson.
En sifflant le coup d’envoi de la rencontre entre l’Irlande et l’Italie, samedi 14 février, à Dublin, la native d’Aboyne, dans les Highlands, âgée de 33 ans, deviendra en effet la première femme à arbitrer un match masculin de la prestigieuse compétition européenne. Une consécration pour celle qui a également officié à l’occasion du test-match masculin entre le Portugal et l’Italie, en 2022, lors de la finale du Mondial féminin la même année – puis en 2025 –, ou était encore au centre du terrain pour la finale de la Challenge Cup – la petite sœur de la « grande » Coupe d’Europe des clubs, la Champions Cup – l’an dernier. A chaque fois du jamais-vu pour une femme.
En 2017, elle est également devenue la première arbitre professionnelle en Ecosse, renonçant à une carrière toute tracée au sein de la banque américaine J. P. Morgan, malgré l’incompréhension de ses proches. Deux ans plus tôt, elle était pourtant loin de s’imaginer avec un sifflet autour du cou et des cartons dans la poche. Bercée au rugby à Murrayfield, l’antre du XV du Chardon, Hollie Davidson se rêvait en joueuse internationale, mais une grave blessure à une épaule, en 2015, en a décidé autrement.
« Nous, les joueuses, on pense toujours qu’on connaît mieux les règles que l’arbitre », se souvenait l’ex-demie de mêlée, en 2025, au micro de RMC Sport. L’Ecossaise va rapidement changer d’avis, lorsque sa volonté de rester sur les pelouses la fait changer de voie. « Très vite, je me suis rendu compte que c’était bien plus difficile que ce que je croyais. »
« Être au sommet »
Dans un sport encore très masculin, Hollie Davidson n’a pas eu un chemin pavé de roses. « Le début de ma carrière a été la période la plus solitaire qui soit, car on apprend son métier et les ressources et les bonnes personnes autour de soi sont rares », a-t-elle expliqué au Guardian. Des rendez-vous confidentiels aux plus grandes scènes de l’Ovalie, elle a dû composer avec les menaces, les crachats et autres insultes – en ligne ou non –, comme à Bayonne, lors d’un match du Tournoi des six nations féminin 2022 entre la France et l’Angleterre, où elle a multiplié les erreurs.
« Rien ne fonctionnait pour moi, je ne sais pas pourquoi », a-t-elle reconnu auprès du quotidien britannique. Ce soir-là, abritée dans son hôtel pour éviter une « atmosphère tendue partout », elle a décidé de faire fi des critiques, accepté « qu’il y [ait] certains domaines dans lesquels [elle] devai[t] progresser » et affirmé un peu plus sa volonté d’« être au sommet ».
Consciente de son rôle de précurseuse, Hollie Davidson n’entend pas être une comète, mais créer une constellation. « Je pense qu’au-delà de mon rôle d’arbitre sur le terrain, ma mission ne sera pas terminée tant qu’on n’aura pas plus de femmes impliquées dans le rugby à tous les niveaux : arbitrage, management, coaching… toutes ces fonctions en dehors du terrain », a-t-elle lancé sur RMC Sport.
En France, Aurélie Groizeleau en fait partie, seule arbitre professionnelle du pays. Après avoir, elle aussi, officié lors de la dernière Coupe du monde féminine, la Marandaise voudra probablement s’inscrire dans le sillage de son homologue écossaise. Selon Midi olympique, Hollie Davidson ne devrait pas s’arrêter au Tournoi des six nations et s’apprêterait à arbitrer une rencontre du Top 14.



