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Histoires Web mardi, mars 5
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Aujourd’hui âgé de 36 ans, Stéphane Sitbon-Gomez est entré à France Télévisions en 2015, d’abord comme directeur de cabinet de Delphine Ernotte. Cinq ans plus tard, la présidente du groupe audiovisuel public lui confiait la direction des antennes et des programmes. C’est à ce titre qu’il explique au Monde la décision de programmer Shoah en intégralité et en prime time.

« Shoah » a été diffusé treize fois sur les chaînes françaises depuis sa sortie en salle, en 1985. La dernière, sur Arte, remonte à 2018 (à l’occasion de la mort de Claude Lanzmann). La recrudescence des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023, jour de l’attaque du Hamas contre Israël, a-t-elle joué un rôle dans cette décision de rediffusion sur France 2 ?

Tout à fait. D’autant qu’à ces chiffres [le nombre d’actes antisémites recensés en France a été multiplié par quatre en un an et a explosé après le 7 octobre : + 1 000 %, selon un rapport du Conseil représentatif des institutions juives de France publié le 25 janvier] s’ajoutent ceux d’une étude réalisée à la fin de l’année 2023 par OpinionWay auprès des 16-24 ans montrant que seulement 63 % d’entre eux savent ce que signifie le terme « Shoah » et seulement 46 % étaient capables de dire ce qu’a été la « solution finale ». Cette décision de programmer Shoah en première partie de soirée s’est imposée à nous, et est le fruit d’une discussion que nous avons menée à trois, avec Alexandre Kara, le directeur de l’information de France Télévisions, et Delphine Ernotte, notre présidente.

Est-ce un geste politique, et en quel sens ?

C’est un geste engagé qui vise à la fois à faire le travail de mémoire et à le faire au vu des événements récents. Il existe de nombreux documentaires autour de la déportation, mais selon moi, une seule œuvre a restitué dans sa totalité la réalité de la Shoah. C’est à ce titre-là que nous l’avons choisie. Ce n’est pas seulement « n’oubliez pas » mais plutôt « si vous oubliez, c’est votre présent qui est menacé ». En ce sens, c’est politique.

Dans « Le Monde » du 3 novembre 2023, le spécialiste de l’antisémitisme en France et du génocide des juifs, l’historien Tal Bruttmann, disait : « Si l’enseignement de la Shoah vaccinait contre l’antisémitisme, on le saurait. L’antisémitisme a été un temps mis aux marges de la société en Occident après la Shoah, mais il n’a jamais désemparé. Les réseaux sociaux ont pour beaucoup contribué à en décomplexer l’expression. » Quel est dès lors le rôle de la télévision et du service public ?

Je pense que ce qu’il dit est d’une extrême justesse, que c’est exactement ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui. J’ai été stupéfait par la virulence des réseaux sociaux au lendemain des attaques du 7 octobre par le Hamas. A la fois parce que resurgissait cette bête immonde qu’est l’antisémitisme et parce que se lisait aussi une remise en cause de l’unicité de la Shoah, une relativisation de ce que ce fut. Or la Shoah est bien un crime unique – l’annihilation industrielle de six millions d’êtres humains, gazés, brûlés parce que juifs : c’est ce que montre le film de Claude Lanzmann –, et nous avons le devoir que jamais cela ne se reproduise. Nier son caractère exceptionnel, c’est ne pas comprendre ce qui s’est passé.

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