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Histoires Web mercredi, juillet 17
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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Karim Bensalah, peu ou prou inconnu, vingt ans de courts-métrages derrière lui, sort un premier long-métrage à force de ténacité, bonne surprise. Détournant le titre de l’une des plus célèbres séries HBO (Six Feet Under), le réalisateur signe un roman de formation juste et délicat où, à l’instar de la série, le commerce de la mort apprend à mieux vivre.

Au centre du récit, qui se déroule à Lyon, le jeune Sofiane, fils d’un diplomate algérien au seuil de la retraite, joue la partition d’un jeune homme qui s’invente une identité interlope, sans religion ni attaches, épris des plaisirs propres à son âge, ne rendant compte qu’à son seul désir. Cela pourrait très bien aller comme cela. Sauf que Sofiane, tout à sa vie de bamboche, a un peu oublié ses études, lesquelles lui ouvraient pourtant le droit à résider sur le territoire français.

Le film commence au moment où sa vie bascule, sous le coup d’un arrêté d’expulsion prenant effet dans un mois. Son père ne pouvant plus l’aider, seuls une embauche et un certificat de travail lui sauveraient la mise. Le voici recommandé à un cousin de son père, qui dirige, à Roubaix (Nord), une entreprise de pompes funèbres musulmanes. Lequel, lui promettant son certificat s’il fait ses preuves, le met aussitôt entre les mains d’El Haj, un grand type sombre et mutique qui en impose, ne décoche jamais un sourire, terrorise le serveur du fast-food halal, considère, en gros, la vie sous un angle sensiblement différent de celui de Sofiane. El Haj, c’est la tradition faite homme, le rituel de l’accompagnement des morts, le lavage du corps, l’humilité et la dignité d’un ministère des fins dernières.

Certificat de travail

El Haj, en un mot, c’est tout ce que Sofiane, dans l’arrogance de sa jeunesse dorée, ne veut pas savoir de lui-même, tout ce qu’il fuit, tout ce qui, sans se l’avouer, lui fait horreur. Il faudra bien pourtant qu’il en passe par là, qu’il commerce avec son tuteur, qu’il se plie aux vertus d’une spiritualité à laquelle il se voulait étranger, s’il veut avoir un jour ce satané certificat de travail. On craint, un moment, qu’une leçon de rigorisme moral un peu facile ne plombe le récit. Il n’en sera rien. Bien au contraire, le film avance en se complexifiant, dans la conquête opiniâtre d’une identité, qui trouvera sous le soleil niçois (le film propose un voyage spirituel et climatique) une sorte de subtile et ironique rédemption. On pourrait même dire qu’il prend la voie la plus difficile à tenir aujourd’hui, dans une époque ravagée par le manichéisme : celle du compromis, du sens de la nuance, de la juste mesure des choses, de la non-résignation, si l’on peut dire, à la loi du plus con.

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