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En annonçant, mardi 16 janvier, un « réarmement démographique », le président de la République, Emmanuel Macron, s’inscrit dans une longue tradition. Les discours natalistes contemporains naissent au lendemain de la défaite face à la Prusse, en 1870, attribuée à la stagnation relative de la natalité (entamée au milieu du XVIIIe siècle, cent ans avant la plupart de nos voisins).

Ce souci de puissance politique et militaire retrouve, d’une certaine manière, les traditions mercantilistes. Il marque également un tournant idéologique, dans la mesure où, face à l’Eglise, le discours républicain dominant était plutôt malthusien, appelant au contrôle de soi, à préférer la qualité des enfants (leur éducation) à leur quantité. Les élites stigmatisaient alors volontiers les familles nombreuses misérables, vues comme le résultat d’une sexualité débridée, de l’imprévoyance, voire de la débauche.

La relance de la natalité n’est pas, de prime abord, un souci des dirigeants politiques. Elle prend racine dans de multiples associations aux idées diverses. L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, créée en 1896 par le statisticien Jacques Bertillon, est bien ancrée dans les élites républicaines. D’autres, comme la Ligue populaire des pères et mères de familles nombreuses, fondée en 1908 par le capitaine Simon Maire, recrute chez les employés et les petits-bourgeois par des conférences partout en France. Elle est capable d’organiser de grandes manifestations comme celle qui, en 1911, contribue à la création d’un groupe parlementaire « pour la protection de la natalité et des familles nombreuses ».

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La demande d’assistance fait en effet partie de leurs motivations, au moment où la République écarte l’Eglise de nombre de responsabilités sociales avec la loi de séparation de 1905. Le 14 juillet 1913 est ainsi votée, à l’unanimité, une loi d’assistance aux familles nombreuses nécessiteuses.

La France n’a pas attendu Vichy

L’hécatombe de la Grande Guerre ne peut que renforcer l’attention prêtée à ces questions. Elle donne lieu à la création de nouvelles associations de diverses tendances, dont certaines, pacifistes. L’étape suivante conduit à la fédération de ces associations, y compris catholiques, grâce à l’entregent d’Auguste Isaac, patron catholique lyonnais, député et ministre du commerce en 1920, dont l’orientation d’abord nataliste et souvent nationaliste, le souci moralisateur et la défense du modèle familial traditionnel domineront le domaine pendant deux décennies.

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