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Les compositrices de musique classique sont moins jouées que les compositeurs. C’est l’enseignement principal de l’étude Compositrices : quelle place dans les programmations françaises ?, qui sera présentée, samedi 9 mars, par l’association Elles Women Composers au forum Matrimoine : (pour) faire genre ? à la Philharmonie de Paris. Pour arriver à ce constat, 3 365 programmes de musique classique d’orchestres, d’opéras, de festivals et de lieux de diffusion de musique classique de la saison 2022-2023 en France ont été passés au peigne fin. Sur les 214 structures épluchées, 21 n’ont pas été en mesure de fournir des informations exploitables sur leur programmation musicale.

Sur les 14 892 œuvres jouées sur cette période, seulement 951 ont été écrites par des femmes. Une part écrasante des compositions est donc l’œuvre de compositeurs (93,6 %). Le pourcentage est encore plus important lorsqu’on s’intéresse au minutage des programmes de musique classique. Les compositions masculines représentent 96 % du temps total de programmation de musique classique en salle en France.

A l’opéra, les autrices sont moins jouées que dans les autres salles. Seulement 4 % des œuvres programmées, et quatre opéras, ont été conçus par des femmes. Dans les orchestres, les festivals, les salles de concerts, les théâtres et les scènes nationales, le pourcentage gravite autour de 6,4 %. Les compositrices sont cantonnées à des œuvres de « petite forme » : la musique de chambre (47,6 %) et la musique vocale (37,3 %) constituent la majorité du répertoire représenté, tandis que la musique symphonique (14,2 %) et les opéras (0,7 %) sont plus marginaux.

Dévotion des familles

Comment expliquer cette sous-représentation ? Les trajectoires de Lili Boulanger (1893-1918) et de Mel Bonis (1858-1937), deux musiciennes du début du XXe siècle qui figurent parmi les dix compositrices les plus jouées, sont citées en exemple dans l’étude. La conservation de leurs manuscrits aurait été le fruit de la dévotion de leurs familles. Celle-ci a pu jouer un rôle dans la programmation de leurs œuvres. « Les compositrices qui n’ont pas eu d’enfants n’ont souvent pas eu cette chance, et cette absence de descendance semble être l’un des marqueurs communs pour expliquer leur oubli. »

Lire le portrait (en 2018) : Article réservé à nos abonnés Lili Boulanger, une grande absente

Partant de cette hypothèse, la violoncelliste Héloïse Luzzati, fondatrice et directrice de l’association Elles Women Composers, compte sur ce rapport pour « inciter les institutions à investir de l’argent dans la recherche, l’édition de partitions et l’enregistrement. Quand on ne connaît pas une œuvre, on est souvent convaincu qu’il y a une raison pour laquelle on ne la connaît pas, à savoir que ce n’est pas une grande œuvre ». Elle observe que « les figures féminines sont absentes de notre éducation musicale. On a besoin de renforcer la présence des compositrices dans les conservatoires autant que dans les programmations ».

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