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Histoires Web lundi, mars 4
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LA LISTE DE LA MATINALE

La reprise d’un spectacle culte, le mythe de Carmen revisité, du flamenco et une bonne dose d’humour : les journalistes du Monde ont fait leurs choix.

Théâtre

« La mort d’Empédocle (Fragments) » : le vertige de la chute

Matthieu Marie lors de la création, en février 2023, du spectacle « La Mort d’Empédocle » (Paris).

Geste impérial d’un maître : celui de Bernard Sobel qui met en scène la Mort d’Empédocle. Le poème d’Hölderlin acte la chute des idoles et, au-delà sans doute, celle des artistes. Pas de musique pour troubler les paroles, pas de décor pour entraver les pas des dix-sept comédiens qui foulent le sol minéral du théâtre. Dans l’espace vide où le héros chancelant abandonne une à une toutes ses raisons de vivre, on voit surgir la force lucide d’un caractère. Frappé d’anathème, conspué par les uns, adulé par les autres, Empédocle aspire à se dissoudre dans la nature tout en allant vers son trépas d’un élan vif et gai. Ce sera sa dernière parole : la mort, oui, mais dans la joie. Beauté du récit, fulgurantes métaphores, sens donnés ou souterrains, ce texte vertigineux raconte aussi ce qu’il faut à l’homme de lucidité pour renoncer à tout. A ses amis d’amour pour accepter sa perte. A ses ennemis de courage pour rêver d’un monde où il ne sera plus. J. Ga.

Texte : Holderlin. Mise en scène de Bernard Sobel. Théâtre de l’Epée de Bois, Paris, du 6 au 18 février.

« Nous ne sommes plus… » : les brisures intimes de la Russie

Six acteurs armés de lampes torches entrent en scène. Devant eux, une vitre, un miroir, des tables, des costumes de papier, une caméra qui zoome sur les visages ou les mains, des mottes de terre, des vidéos d’actualité. Celle d’un soldat russe, prisonnier en Ukraine, dont la mère prétend qu’il doit mourir pour la patrie. Celle de Poutine affirmant que la Russie n’a pas de frontières. Mais la Russie est un cœur béant et toxique. En février 2022, la metteuse en scène Tatania Frolova et sa troupe ont fui un pays devenu hostile. Les vestiges de leurs vies révolues sont brandis par les comédiens qui défont les ficelles de leur balluchon au sens propre comme au sens figuré. Ce travail ne bouleverse pas les esthétiques. Mais de touches en touches, à coups de récits brefs, de musiques furtives, de visions ou de gestes puissants, il donne corps aux brisures intimes d’une Russie dont la cartographie, épinglée par un précaire ruban adhésif, finit en lambeaux misérables. J. Ga.

Texte et mise en scène de Tatania Frolova/KnAM Théâtre. Plateaux sauvages, Paris, du 28 février au 12 mars.

« Le Moment psychologique » : un ovni théâtral

Rodolphe Congé et Pierre-Félix Gravière lors de la répétition du spectacle « Le Moment psychologique », à La Scala à Paris, en juillet 2023.

Il sait en dire beaucoup tout en ayant l’air de ne rien dire : Nicolas Doutey a écrit un texte qui cache bien son jeu. On pourrait se leurrer et prendre pour un exercice formel ses brassées de mots dont sortent des généralités que les acteurs, tous impeccables (mention spéciale à Rodolphe Congé et Pierre-Félix Gravière), se font une joie de relayer en agrémentant leurs proférations d’humeurs changeantes. Le propos d’ensemble reste volontairement dans le flou : un homme est recruté par une entreprise pour en incarner les valeurs. On n’en saura guère plus sur l’activité de la boîte. Mais ce n’est pas grave car ce qui compte surtout, c’est la façon habile dont l’auteur occupe le temps de la représentation à coups de dialogues et de discours, arrivant de nulle part et allant on ne sait où. Inepte et désopilant, ce spectacle est un ovni théâtral qui s’inscrit sous le signe de l’absurde et réactive nos raisons de rire. Une comédie contemporaine dont le carburant est un non-sens réjouissant. J. Ga.

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