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Histoires Web mercredi, février 21
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L’un est un rappeur des bas-fonds, dont les vidéos tournent sur YouTube mais qui n’a jamais vraiment percé. Des images d’individus encapuchonnés, parfois de très jeunes adolescents, aux mots provocants sur la police, la drogue ou l’argent, avec des immeubles en arrière-plan d’un quartier d’Evry. L’autre est un jeune homme qui achève sa transition depuis le sexe féminin, déjà condamné à une peine de prison ferme pour trafic de stupéfiants. Pendant un mois, au début de l’automne 2023, les deux amis âgés de 20 ans, Yves-Hugo A. et Curtis N., anciennement Raissa N., ont séquestré une jeune femme de 18 ans, originaire de Lyon, pour la prostituer dans des appartements loués sur Airbnb à Orly, Bry-sur-Marne, Combs-la-Ville, Torcy ou Gagny, au gré de leurs déplacements et de l’évolution de la demande des clients.

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La victime, M., est présentée comme « Sara la Martiniquaise » sur un site en ligne doté d’une catégorie « relations éphémères » remplie d’annonces à connotation sexuelle, parfois très explicites. Elle aurait rapporté 15 000 euros en quelques semaines aux deux proxénètes improvisés. « Sept jours sur sept, la nuit, le jour », se désole Youssef Badr, le président de la 18chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny, en pointant, jeudi 24 janvier, une affaire particulièrement sordide et dégradante. Une assistante sociale, alertée par la victime grâce à un message sur un réseau social, a pu signaler sa disparition aux policiers. Puis permettre la localisation du dernier appartement où M. enchaînait les passes par dizaines au premier étage d’un immeuble HLM de Gagny (Seine-Saint-Denis).

Lorsque les policiers interviennent, le 5 octobre 2023, ils découvrent la victime et les deux geôliers présumés, ainsi que des stocks de préservatifs, des lubrifiants et des godemichés. Sur leurs téléphones portables, des échanges pragmatiques avec les clients. « Salut, pour trente minutes c’est combien ? », questionne l’un d’eux. « J’ai pu retirer 100 euros, tu me fais une heure ? », interroge un autre en s’adressant au proxénète. Les dix ou quinze minutes de rapport sexuel rapportent 50 euros aux deux prévenus – ils gardent l’intégralité des revenus. « Demande au client [précédent] s’il a deux capotes, je passe après lui », indique un client pour économiser un préservatif et gagner du temps.

« N’abîmez pas son visage »

Les gains ont servi à payer des dents en argent pour le rappeur, des repas livrés via une plate-forme de livraison pour les prévenus et leurs proches, des vêtements de luxe, des chaussures, la location d’une voiture. La police est convaincue que les sommes ont aussi permis de financer un des clips du jeune homme, connu sous le nom de scène « LSK » avec des titres comme Fuck l’Etat. Pour se justifier, l’artiste amateur, qui gagnait sa vie avec des missions d’intérim, a expliqué que la victime, connue en boîte de nuit, devenue une proche, s’était déjà prostituée auparavant et qu’elle avait accepté de l’aider à rembourser une dette de 2 000 euros auprès de « mecs de Champigny » pour une histoire, dit-il, de voiture abîmée.

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