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Exposer les résultats qui vont suivre comporte des risques d’être accusé de stigmatiser les chercheurs ou de salir l’image de la science. Pourtant, les connaissances, inédites pour la France, produites par deux sociologues du CNRS, Michel Dubois et Catherine Guaspare, du Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass), et publiées le 4 mars, méritent l’attention. Ils ont analysé 1 240 questionnaires renvoyés par des agents de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) (16 % de répondants, chercheurs, techniciens, ingénieurs, postdoctorants) sur leurs opinions sur l’éthique, l’intégrité scientifique (l’ensemble des règles qui garantissent l’honnêteté d’un résultat) ou leurs relations avec la société… Fin 2022, le duo avait fait de même pour le CNRS, plus généraliste, moins féminisé et embauchant moins de contractuels que l’Inserm.

A l’Inserm comme au CNRS, on pense qu’il existe « une crise de confiance grave entre la science et la société » (36,7 % à l’Inserm et 30,9 % au CNRS). « C’est paradoxal, car huit Français sur dix déclarent, dans d’autres enquêtes, faire confiance aux scientifiques. Peut-être que la crise n’est pas là où on l’attend ? », s’interroge, faussement naïf, Michel Dubois, dont le rapport suggère de mieux former les scientifiques aux questions de société, ce qu’il appelle la « littératie sociale ».

Cause ou conséquence de cette « inculture », un tiers seulement des répondants déclarent se « poser régulièrement des questions sur les conséquences de leur activité sur le plan éthique, moral ou politique ». Conscient sans doute de ces faiblesses, l’Inserm a lancé un programme, baptisé Lorier, sur l’éthique et la responsabilité.

Des pratiques « discutables » mais sans gravité

Les sociologues ont également étudié la perception que les scientifiques ont de l’intégrité. On sait que cette question a considérablement évolué depuis 2017 (création de l’Office français de l’intégrité scientifique, référents intégrité, chartes, serment doctoral, formations obligatoires…), et pourtant : un tiers des répondants seulement déclarent avoir une connaissance suffisante du sujet. Et même à peine plus de 27 % des moins de 40 ans (contre 39,8 % chez les sexagénaires). Michel Dubois fait l’hypothèse que, chez les plus anciens, l’intégrité se résume aux trois grandes fraudes : falsification, plagiat et fabrication des données. Alors que les jeunes savent que le spectre est plus large mais aussi plus complexe, et donc plus difficile à maîtriser, avec l’ordre des signatures, la gestion des liens d’intérêts, l’« embellissement » d’images, de courbes…

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