L'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille, le 29 octobre 2007.

La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) préconise « la fermeture, au moins partielle », de l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille face au « caractère gravissime » des conditions d’incarcération, dans un avis publié vendredi 29 août.

Il s’agit d’une recommandation « très rare mais je ne vois pas [d’autre solution] que de fermer pour rouvrir dans de meilleures conditions », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) la contrôleuse, Dominique Simonnot.

Dans cet EPM de Marseille-La Valentine, « des mesures urgentes doivent être prises pour remédier, d’une part à l’indignité des conditions matérielles de prise en charge des mineurs détenus et, d’autre part, aux conséquences catastrophiques de la démobilisation et de l’absence du personnel pénitentiaire et éducatif », dénonce Mme Simonnot dans ces « recommandations » transmises au ministère de la justice le 31 juillet.

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En réponse, le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a affirmé, jeudi, avoir « diligenté une inspection de l’établissement confiée à l’inspection générale de la justice », dans un courrier consulté par l’AFP.

La prison dispose de 59 places exclusivement pour des garçons âgés de 13 à 18 ans, dans une ville où les mineurs sont de plus en plus impliqués dans les trafics de drogue. Elle a été inspectée du 7 au 11 juillet par la contrôleuse générale et cinq autres inspecteurs. Ils ont constaté « de nombreux dysfonctionnements entraînant des atteintes graves aux droits des adolescents détenus ».

M. Darmanin annonce une « réfection progressive des cellules »

Les murs des cellules « sont partout couverts de graffiti, dont la couleur et la texture évoquent parfois de la matière fécale ou du sang », détaille le rapport, photos à l’appui. Les salles d’eau privatives sont dépourvues de portes, « tous les matelas sont en mauvais état », parfois un simple morceau de mousse sans housse de protection et sans drap.

Le ministre assure dans sa réponse que des travaux ont été effectués entre 2024 et 2025 mais que « les fortes dégradations » sont « commises par la population pénale mineure ». « Une à deux unités » de la prison seront fermées en septembre pour « la réfection progressive des cellules », poursuit M. Darmanin.

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Pour ces adolescents, il n’y a pas de distribution de produits d’hygiène qu’ils doivent acheter à distance et l’usage des téléphones fixes est soumis à « des tarifs prohibitifs », déplore Mme Simonnot, recommandant la gratuité des appels.

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A Marseille, où les étés peuvent être caniculaires, il est « interdit » de poser des rideaux sur les fenêtres des cellules et seuls les jeunes reconnus sans ressources peuvent bénéficier d’un ventilateur gratuit. Les repas distribués sont frugaux et nombre des jeunes entendus ont déclaré « avoir constamment faim ».

Selon le ministère, les quantités de nourriture sont réglementaires et « l’unité sanitaire n’a jamais alerté la direction de la structure d’un amaigrissement inquiétant d’aucun mineur lié à son alimentation ».

« Il n’y a plus de prof, il n’y a plus de surveillants »

Lors de son inspection inopinée, la contrôleuse a également constaté un procédé « dégradant » dit de « mise en grille », consistant à enfermer un adolescent dans des « locaux barreaudés, dépourvus d’assise, de point d’eau potable et de WC, où aucune surveillance continue n’est assurée ». La durée de l’isolement « varierait d’une demi-heure à cinq heures ». Cette pratique « doit être immédiatement et définitivement proscrite », intime Mme Simonnot.

Ce mode d’enfermement « venait répondre exceptionnellement à l’absence, au sein des unités, de salle d’attente permettant de séparer des mineurs lors d’incidents », répond le ministre, annonçant que « l’arrêt immédiat » de cette « pratique locale » a été « acté » le 20 août.

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Ces « enfants sont laissés à l’abandon, enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre. Il n’y a plus de profs, il n’y a plus de surveillants, il n’y a plus rien », s’indigne encore Mme Simonnot, réclamant que « l’administration [pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse] donnent au personnel les moyens de répondre aux besoins des mineurs détenus ».

Ouverts en 2007, les six EPM répartis sur le territoire hexagonal avaient pour mission de pallier les dysfonctionnements des quartiers des mineurs des prisons en donnant la priorité à l’éducatif. Mais le fort taux d’absentéisme du personnel entraîne aussi bien le « surenfermement » que la privation de scolarité, relèvent la CGLPL et l’Observatoire international des prisons.

Le Monde avec AFP

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