Histoires Web vendredi, février 20
Première démonstration de chiffrage quantique à distance

Pour la première fois, une équipe chinoise a réussi à démontrer la faisabilité d’un protocole de communication extrêmement sûr. Cette technique permet d’échanger entre deux personnes une clé de chiffrement, c’est-à-dire une suite de chiffres servant à brouiller et à déchiffrer un message, en garantissant qu’aucune écoute et aucun vol d’informations n’ont été faits. Les chercheurs de l’université de science et technologie de Chine, à Hefei, ont réalisé cette expérience, publiée dans Science, le 5 février, entre deux points séparés d’une distance équivalente à 100 kilomètres de fibres optiques enroulées.

« C’est un exploit !, confirme Olivier Alibart, enseignant-chercheur à l’université Côte d’Azur. Il n’est pas lié à une invention particulière, mais l’équipe a poussé aux limites plusieurs techniques, mises ensemble. » « Nous sommes impressionnés par ces résultats », appuie Harald Weinfurter, de l’Institut Max-Planck d’optique quantique à Munich (Allemagne), dont l’équipe, en 2022, avait, sur un protocole assez proche, effectué une transmission sur 400 mètres.

Ce n’est évidemment pas la première fois que des clés de chiffrement sont envoyées sur un réseau. Toutes les communications téléphoniques ou via Internet y ont recours quotidiennement. La sécurité repose sur des principes mathématiques : des fonctions sont faciles à calculer dans un sens, mais impossibles, en temps raisonnable, dans l’autre.

La sécurité du protocole chinois repose, elle, sur les lois de la physique, par définition inviolables. En 1984, les Canadiens Charles Bennett et Gilles Brassard avaient ainsi imaginé une procédure utilisant une propriété quantique particulière des particules : un grain de lumière peut être dans deux états de polarisation à la fois. Un expéditeur envoie à son correspondant un tel photon en état de superposition pour coder la clé. Mais, si un espion intercepte la conversation, il détruit cette superposition fragile, et un test statistique sur les informations partagées par les deux correspondants suffit à déterminer s’il y a eu ou non écoute.

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