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Pour rencontrer Shay, la seule rappeuse francophone qui, depuis Diam’s, cumule les disques d’or (Jolie garce, sorti en 2016) et de platine (Antidote, en 2019), il faut être patient. La jeune femme de 31 ans aime se faire attendre. La sortie de son troisième album, Pourvu qu’il pleuve, publié vendredi 19 janvier, a été repoussée plusieurs fois. Quand un rendez-vous est enfin pris dans une villa résidence d’artiste en bordure de Seine, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), il faut encore patienter car elle se prépare. Pas question de se présenter en jeans-baskets devant la presse : « Je ne fais pas de la breakdance », dit-elle en plaisantant.

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Son style à elle, c’est la « sapologie », l’art d’accorder ses vêtements de marque par couleur. Il est aussi plus sensuel, comme dans ses chansons A l’envers, où elle fait « miauler » Gazo, le plus hardcore des rappeurs actuels. Les deux autres invités du disque, SCH et Niska, ses anciens complices du tremplin rap télévisé, « La Nouvelle Ecole », diffusé sur Netflix, ne font pas non plus les malins sur les duos Sans cœur et Paradis. Shay a réussi à dompter les plus coriaces et a imposé son rap très « ego trip », ses productions qui puisent à la fois dans la scène grime londonienne et le R’n’B des années 2000. C’est surtout la rappeuse qui a refusé de plier devant les insultes des réseaux sociaux et les a reprises à son compte.

Personnalité réservée

Il faut dire qu’elle a été à bonne école. Son grand-père, le chanteur Tabu Ley Rochereau, a fait tourner les têtes avec sa musique soukouss et ses danseuses Les Rocherettes. « De bébé à mes 12-13 ans, raconte-t-elle, je m’asseyais à côté de lui pour écouter sa musique préférée, du jazz américain aux musiques afro-antillaises. » On en retrouve aujourd’hui les sonorités dans certains titres (Poison Ivy, Shooter) de son nouveau disque.

Le rappeur Booba lui a offert son premier contrat discographique alors qu’elle n’avait que 19 ans. Après avoir sorti un premier disque, Jolie garce sur son label 92i, la jeune femme a décidé de changer de producteur sans que Booba se fâche : « On est restés en très bons termes, mais c’est juste qu’on n’arrivait pas à se comprendre, résume la jeune femme. On avait des divergences sur la musique et sur la manière de la vendre. Il voulait que je communique plus et, comme j’ai une personnalité assez réservée, ça ne m’allait pas. » En effet, elle prétend déjà tout dire dans ses singles et albums, puis disparaît des réseaux sociaux : « Je ne le fais pas exprès, assure-t-elle. C’est juste que je ne sais pas quoi dire de plus que ce que je dis dans ma musique. » Elle a aussi bénéficié de l’expérience de son oncle, le rappeur Youssoupha, qui loue son courage : « Nous ne sommes pas tous égaux devant le micro. En France, le jugement sur les rappeuses est dur, et même injuste. On demande à Shay ou à Chilla d’en faire quatorze fois plus qu’à un rappeur, notamment sur la performance artistique », confiait-il au Monde en 2021.

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