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Ici, les jeans, les fauteuils, les disques et les vélos ont droit à une seconde vie. Les plantes vertes aussi. Dans cet ancien garage nantais transformé en tiers-lieu à façade de tôle, entre deux bras de la Loire, se niche une recyclerie d’un nouveau genre. A La Brocante verte, ce sont des chrysanthèmes, des orchidées, des spathiphyllums abandonnés qui sont récupérés, requinqués, remis en vente à prix d’ami, évitant déchets et gâchis, tout en salariant six sans-abri.

Le sauvetage des plantes et des hommes est mené, depuis février 2021, par deux trentenaires rompues à l’humanitaire, Solène Mahé et Aude Couturier. Ce matin de décembre, leur espace de vente aux airs de serre est envahi de végétation en pot, du sol au plafond. A l’extérieur, par dizaines, les guzmanias et poinsettias à fleurs rouges attendent des (re) preneurs sur des étagères métalliques. Aux bons soins de La Brocante verte, les feuillages les plus avachis regagnent en tenue, sait le voisinage, qui se passe le filon, verdissant son intérieur pour des queues de cerise en toute bonne conscience écologique.

« C’est un non-sens de détruire des milliers de plantes. Ici, on remplit notre devoir de consommateurs d’être un peu moins bêtes », lance Carine Hily, le regard déterminé sous une frange courte. Cliente du quartier, elle apprécie aussi les conseils prodigués : « Bientôt un an que je ne fais plus mourir de plantes ! » En 2023, l’association d’insertion a sauvé des poubelles 53 tonnes de végétaux tout à fait vivants. « Dans ce que nous avons récupéré, nous n’avons eu que 3 tonnes de déchets. Ce qui veut dire que ces plantes étaient encore en bon état », remarque Solène Mahé, la tête enfouie dans une grosse capuche fourrée.

« Une solution pour les invendables »

« La Brocante verte récupère tous azimuts », précise-t-elle : auprès des particuliers, dont la monstera s’est muée en monstre ou qui déménagent sans embarquer le ficus ; et auprès d’une quarantaine de professionnels. Paysagistes d’intérieur ou d’extérieur, hypermarchés et jardineries – ils donnent leurs invendus contre une déduction fiscale, s’épargnant le coût du compostage –, fleuristes, sociétés de ventes éphémères, grossistes qui commandent trop pour le privilège d’acheter moins cher aux Pays-Bas et pépiniéristes.

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Chez ces derniers, les collectes sont énormes, à croire la cofondatrice de la recyclerie végétale : « Ils jettent constamment pour libérer de l’espace au sol, ou parce qu’il faudrait augmenter la taille du pot et que ce n’est pas rentable. Ou parce que la plante n’est plus en fleurs au bon moment, parce que l’arbuste a une ramure disgracieuse… » Au Jardiland de Carquefou (Loire-Atlantique), jouxtant Nantes, Julie Blaiteau conseille en effet des clients « de plus en plus exigeants, qui veulent des plantes parfaites et n’ont plus la patience de les laisser grandir ». A l’arrière du magasin, sur une étagère roulante, les cyclamens, les chrysanthèmes, les bromélias qui ont perdu leurs fleurs seront bientôt récupérés par La Brocante verte. « C’est du vivant, pour nous, rappelle la pépiniériste. On les chouchoute. Alors c’est agréable de voir qu’il y a une solution pour les invendables, que l’on remplit moins les bennes. »

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