Histoires Web samedi, février 28
Philip Roth photographié par Ethan Hill, en 2010. © Contour by Getty Images / Ethan Hill

A la lecture du passionnant livre de Marc Weitzmann, La Part sauvage, où l’on découvre son amitié avec Philip Roth, j’ai mieux mesuré l’étrangeté de ma relation à Roth – rencontré pour la première fois en 1992 –, sur laquelle je m’interroge toujours. Entre Weitzmann et lui, tout était logique : deux hommes juifs, deux générations, mais quelque chose d’une même histoire. Et l’anglais de Marc Weitzmann, qui peut écrire dans cette langue, est parfait. Avec moi, c’est tout le contraire. Outre mon anglais, qui n’est pas toujours fluide, je suis une femme et pas juive.

Alors, quel est ce mystère ? J’ai écrit, avec son accord, un petit livre pour tenter de l’expliquer et je n’y parviens toujours pas. Comment est-on passé d’un premier entretien où il écartait certaines de mes questions d’un sec « too academic » à cette dédicace de 2014 : « For Jo, my pal, my loyal follower and friend, my french conscience, Philip. » – Pour Jo, ma copine, ma fidèle disciple et amie, ma conscience française – ? En épigraphe de mon livre, Avec Philip Roth (Gallimard, 2014), figure cette phrase de son roman de 1967, Quand elle était gentille : « Ne pas être riche, ne pas être célèbre, ne pas être puissant, ne pas même être heureux, mais être civilisé ; c’était le rêve de sa vie. » C’est ce que je voulais raconter : une histoire avec une personne civilisée – il en reste –, même si elle avait commencé d’une manière assez rude.

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