L’opération, si elle aboutissait, serait significative dans un contexte morose pour les boissons alcoolisées à travers le monde. Le géant français des vins et spiritueux Pernod Ricard et l’américain Brown-Forman, propriétaire du célèbre whisky Jack Daniel’s, ont confirmé, jeudi 26 mars, être en discussion en vue d’une fusion.
« Sous réserve d’accord entre les parties et des approbations habituelles, ce partenariat s’apparenterait à une fusion entre égaux. (…) Ce partenariat donnerait naissance à un leader mondial des spiritueux d’envergure accrue », déclare Pernod Ricard, maison mère de l’emblématique pastis mais aussi de la vodka Absolut ou du whisky Jameson, dans son communiqué.
« Après les récentes rumeurs de marché, (…) nous confirmons être engagés dans des discussions avec Pernod Ricard », ajoute Brown-Forman dans un communiqué distinct, précisant explorer « régulièrement » des « opportunités stratégiques ».
« Les synergies opérationnelles seraient importantes, tirant profit des marques iconiques de Brown-Forman, notamment Jack Daniel’s, de la force du réseau de distribution de Pernod Ricard et de son exposition aux marchés à plus fort potentiel de croissance », précise l’entreprise française.
Un potentiel « puissant portefeuille de marques »
Les deux groupes évoquent un potentiel « puissant portefeuille de marques, bénéficiant d’une exposition géographique équilibrée, autour de deux familles emblématiques ».
Cette fusion surviendrait dans un contexte morose pour les boissons alcoolisées à travers le monde, avec une consommation en baisse particulièrement chez les jeunes et une multiplication des droits de douane, notamment aux Etats-Unis. Ces derniers ont particulièrement affecté Pernod Ricard.
Les deux entreprises précisent qu’aucune autre communication ne sera faite « tant qu’un accord définitif n’aura pas été conclu ou qu’il n’aura pas été mis un terme aux discussions ».
Plus tôt dans la journée, l’agence Bloomberg avait affirmé que Pernod Ricard menait des « discussions préliminaires » et envisageait un potentiel accord avec Brown-Forman.
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Dans la foulée, l’action Pernod Ricard a perdu 5,73 %, jeudi, à la Bourse de Paris, dans un marché qui a clôturé en baisse de 0,98 %, tandis que l’action Brown-Forman a bondi de 9,58 % à Wall Street dans un marché en repli. Les deux géants sont respectivement valorisés plus de 15 milliards d’euros pour Pernod Ricard et environ 12 milliards de dollars (10,4 milliards d’euros) pour Brown-Forman.
Ventes en baisse
Au cours de son premier semestre 2025-2026 (achevé fin décembre 2025), le géant des vins et spiritueux français a vu son activité se replier encore et son bénéfice net décliner de 18 %, à 975 millions d’euros, pour 5,25 milliards de chiffre d’affaires (– 15 %), plombé par la morosité de ses ventes aux Etats-Unis et en Chine.
Sur le marché américain, son premier, les ventes accusent un repli de 15 %. Alors que les alcools européens y sont soumis depuis août 2025 à 15 % de droits de douane imposés par l’administration Trump, le bilan pâtit en outre d’ajustements de stocks constitués en amont. Et Pernod Ricard estime que l’ensemble de son exercice 2025-2026 « sera une année de transition avec une amélioration des tendances en chiffre d’affaires organique, se matérialisant au deuxième semestre ».
Pour défendre sa marge, le groupe applique un programme de réduction d’économies de 1 milliard d’euros sur trois ans, dans la logistique, les achats, la fabrication et l’organisation (ressources humaines notamment y compris via des cessions).
Sur les neuf mois de son exercice décalé 2025-2026 (à fin janvier), le géant américain Brown-Forman a, lui, enregistré des ventes en baisse de 2 %, à 3 milliards de dollars, son PDG, Lawson Whiting, évoquant « un environnement difficile » qui devrait persister en 2026 avec des ventes annuelles également attendues en baisse, selon le site de l’entreprise. Brown-Forman avait acquis, en 2023, le célèbre rhum Diplomatico pour 725 millions de dollars.



