Meilleures Actions
Histoires Web samedi, mars 2
Bulletin

« Paris 2024. Une ville face à la violence olympique », de Jade Lindgaard, Divergences, 164 p., 15 €.

Jade Lindgaard était en première ­ligne dans la mobilisation contre le projet de la piscine olympique d’entraînement du fort d’Aubervilliers. De 2020 à 2023, cette résidente d’Aubervilliers, journaliste à Mediapart, a battu le pavé pour sauver les jardins ouvriers des Vertus, héritage social de l’entre-deux-guerres et réserve de biodiversité dont une partie était sacrifiée au futur équipement. Pour avoir bloqué le chantier, elle s’est retrouvée avec d’autres en garde à vue – tous ont été relaxés depuis.

Le 10 février 2022, rappelle-t-elle dans Paris 2024. Une ville face à la violence olympique, la cour administrative d’appel de Paris a jugé illégale la destruction des jardins, mais c’était trop tard. Financé à hauteur de 10 millions d’euros par la Solideo, l’organisme chargé des constructions pour les Jeux olympiques, le projet avançait à marche forcée, affranchi comme toutes les constructions en lien avec l’événement des procédures qui permettent en temps normal la concertation publique et la contestation en justice. Les pelleteuses étaient au travail.

Aujourd’hui, le centre aquatique est en passe d’être livré. Il aura conduit à stériliser près de 4 000 mètres carrés d’un poumon vert particulièrement précieux dans une ville qui ne compte que 1,4 mètre carré d’espace végétalisé par habitant. Un paradoxe, si l’on considère que la candidature de Paris pour les JO s’est constituée autour d’un double objectif d’exemplarité environnementale et de valorisation de ce territoire notoirement déshérité qu’est la Seine-Saint-Denis.

L’affaire est d’autant plus déroutante que c’est un solarium qui empiète sur les jardins, élément dont l’intégration au projet se justifiait surtout, explique l’autrice, par des questions de rentabilité, dans le cadre d’une délégation de la gestion de l’équipement à un opérateur privé. Si elle revient sur l’épisode, c’est d’abord pour préciser la position depuis laquelle elle écrit, sa triple casquette d’habitante de Seine-Saint-Denis, de journaliste et de militante, qui donne à son enquête une épaisseur sensible et une tonicité propre à faire réagir. Mais aussi pour le faire résonner avec une constellation de situations locales induites par la machine olympique, qui se sont toutes soldées par une dépossession des habitants et une destruction de communs.

Grands-messes au bilan carbone désastreux

La démarche rappelle celle de Dominique Marchais dans ses documentaires (Le Temps des grâces, Nul homme n’est une île, La Rivière…) : une immersion dans un milieu qui conduit à rabattre la grande échelle de l’opération d’intérêt national sur celles, petites et fragiles, des vies humaines anonymes, de la faune, de la flore, de la qualité de l’air, et à faire résonner entre elles des situations qu’on a tendance à analyser de manière décontextualisée, alors même qu’elles font système. L’enquête, richement documentée, met à nu les ressorts du rouleau compresseur des JO, alliance imparable entre la puissance publique et les géants de l’industrie, du BTP et de la finance.

Il vous reste 45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
© 2024 Mahalsa France. Tous droits réservés.