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Histoires Web mercredi, juillet 17
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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Les récits policiers constituent, depuis de nombreuses années, la meilleure manière pour de jeunes cinéastes chinois d’aborder certains faits sociaux et humains, et notamment l’accélération brutale d’une économie prédatrice et anthropophage. En donnant un accès privilégié à l’envers de la réalité quotidienne et contemporaine en Chine, le film criminel déborde souvent les propres limitations du « genre » pour s’engouffrer dans une expérience singulière où s’affirmerait une préoccupation plus personnelle, politique, philosophique, métaphysique. Only the River Flows de Shujun Wei ne démentira pas cette impression.

Un jeune policier, à la tête de la brigade criminelle locale, enquête sur trois meurtres mystérieux commis dans une petite ville industrielle de province, Banpo. La quête d’indices révélateurs (un sac à main abandonné sur les lieux du crime, une cassette audio contenant une sorte de poème amoureux), l’interrogatoire de plusieurs suspects, n’empêche pas l’enquête de piétiner malgré les consignes de la bureaucratie hiérarchique policière d’en finir au plus vite et de trouver un coupable. Une évidence s’impose très vite : le suspense du film constitue, en fait, le prétexte à décrire une société en pleine mutation tout autant qu’un cheminement personnel.

Le réalisme et la précision de la peinture d’un monde relégué aux marges se trouvent rehaussés par les exigences d’une quête plus fondamentale que simplement policière. Troisième long-métrage de Shujun Wei, adaptation d’une nouvelle de Yu Hua, Only the River Flows, qui avait été présenté au Festival de Cannes en 2023 dans la section Un certain regard, est un film de pluie, de nuit, de solitude et d’angoisse. Une sensation sans doute accrue par le choix du réalisateur de tourner son film sur pellicule et non pas en numérique. Un sourd désespoir s’engendre de la vision doucement apocalyptique de ce monde provincial et oublié, condamné à l’engloutissement. Celui promis par une économie que l’on devine en perpétuelle transformation.

Dilemme

L’enquête policière s’enlise. Les fausses pistes débouchent sur des impasses. La culpabilité de suspects potentiels semble introuvable. Comme dans tout récit de ce type mais ici de façon plus intense sans doute, la recherche de la solution devient une manière de se confronter au hasard et au destin, aux déterminations et à la contingence. Le chemin parcouru par le héros du film devient plus intime. Son épouse est enceinte d’un enfant dont la médecine ne peut garantir qu’il ne sera pas handicapé. Le garder ou avorter ? Ce dilemme va désormais hanter un personnage qui ne trouve plus de réponse à ses questions.

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