Ce « Carnet de route » a été publié dans M Le magazine du Monde daté du 26 mars 2011.
« Qu’est-ce que tu fais encore là-bas ? » Pendant toute la semaine, les e-mails et les SMS sont arrivés de Paris, ressassant cette question où l’inquiétude touche presque au reproche. Tu restes encore au Japon, laissent entendre amis et proches, alors que la catastrophe nucléaire se précise, alors que le pays semble perdu – comme on le dirait d’une cause –, alors que la situation des rescapés du tsunami, sur la côte nord-est du pays, n’est même plus grave mais désespérée ?
Comment répondre à cette incompréhension ? Comment faire passer l’idée que non, le pays confronté à la pire conjonction de catastrophes de l’histoire récente n’est pas à terre, que sa société le fait encore tenir debout, même si d’ineptes calculs économiques l’ont placé en si mauvaise posture, en laissant construire des centrales nucléaires là où il ne fallait pas, en ajoutant le délire humain à la brutalité de la nature ?
Comment signifier que le Japon ne sera plus jamais le même après cette tragédie, mais que son peuple donne, dès les premières journées du désastre, l’impression qu’il saura s’en sortir ? Comment faire comprendre que l’hiver atomique ne s’est pas encore abattu sur l’archipel, mais que dans la région de Sendai, la neige, elle, tombe dru, et que le froid tue chaque jour des hommes et des femmes qui avaient cru échapper au pire ? Qu’il est urgent de se préoccuper de ce désastre humanitaire masqué par l’angoisse nucléaire, notamment en essayant de rendre visibles ces victimes, éloignées des journalistes par la crainte, légitime, de la radioactivité ?
Il vous reste 87.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




