
Au moment où une nouvelle loi d’urgence pour l’agriculture est annoncée, la France semble rejouer un scénario désormais bien connu. Face à une colère agricole profonde et légitime, la réponse politique privilégie des mesures de court terme, repoussant, une fois encore, l’examen de fond d’un modèle agricole dont les limites sont établies de longue date par la recherche.
Nous, médecins et scientifiques issus de disciplines allant de l’économie à la toxicologie en passant par l’agronomie, prenons aujourd’hui la parole collectivement pour alerter sur le décalage croissant entre l’état des connaissances scientifiques et la fabrique de la loi. Non pour opposer agriculture et environnement, mais pour rappeler la nécessité de les reconnecter, au moment où les orientations politiques adoptées ces dernières années s’éloignent dangereusement de ce que recommande la science.
Le diagnostic est clair. Le système agricole dominant, fondé sur un usage massif d’intrants chimiques et sur des productions standardisées tournées vers l’exportation, affecte à la fois la santé humaine et les écosystèmes, sans pour autant garantir la viabilité économique des exploitations. Le fait qu’un agriculteur sur cinq vive aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, dans une profession marquée par un taux de suicide supérieur à la moyenne nationale, révèle l’impasse de ce modèle.
Maladies, pollution…
Ses effets sur la santé ne peuvent plus être ignorés. Les agriculteurs et les travailleurs agricoles, massivement exposés aux pesticides, en sont les premières victimes. De nombreuses études épidémiologiques montrent une incidence accrue de certains cancers (notamment des lymphomes et des myélomes), de maladies neurologiques (comme la maladie de Parkinson), d’affections respiratoires chroniques, ainsi que des atteintes chez les enfants liées à des expositions précoces. Ces risques concernent aussi l’ensemble de la population, notamment via l’eau potable et l’alimentation.
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