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Histoires Web mardi, mars 5
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Heureuse coïncidence qui voit paraître, le jour même où les députés débattent du projet de la loi constitutionnelle prévoyant d’inscrire la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à l’IVG, Nous l’avons fait. Récit d’une libération féministe, d’Annie Chemla (Editions du Détour, 184 pages, 16,90 euros). Un récit intime et politique où, sous la forme d’un journal, cette « féministe historique » raconte son engagement au sein du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) dans ces années 1970-1980 bouillonnantes d’inventivité militante. Un texte qui est irrigué par l’effervescence de la lutte, de la joie, de l’apprentissage de son corps et sa conquête face au pouvoir médical. Et, par-dessus tout, tenu par le désir de transmettre aux jeunes générations un moment de l’histoire des femmes demeuré longtemps méconnu sinon occulté.

Après Annie colère, le beau film de Blandine Lenoir, porté par Laure Calamy, ce récit, où s’entremêlent aux souvenirs les témoignages de camarades et de médecins (notamment ceux de la clinique des Lilas tels Pierre Boutin ou Bernard Fonty), offre une plongée passionnante dans cette association. Créé en avril 1973, le MLAC essaime rapidement au sein des lycées, des universités, des entreprises, des syndicats et des hôpitaux. Après un bref passage au Mouvement de libération des femmes, Annie Chemla y adhère.

« Petits contournements de la loi »

Immédiatement séduite par l’activisme – « militer oui, mais dans l’action » – de ce collectif où les comités autonomes – on en comptera près de 350 en France – opèrent par de « petits contournements de la loi » pour informer, sensibiliser, organiser des voyages à l’étranger. Et, pour certains, pratiquer des avortements selon une nouvelle méthode par aspiration dite « de Karman ». Moins douloureuse et plus facile à enseigner auprès de militants, celle-ci « a tout changé du point de vue des luttes », souligne-t-elle.

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Portée par une soif de savoir et par la force d’un collectif fait de chaleur, d’écoute et d’entraide, Annie Chemla fait ses apprentissages au sein du MLAC du 12e arrondissement jusqu’à l’adoption, le 20 décembre 1974, de la loi Veil (promulguée en janvier 1975) qui marque l’essoufflement du mouvement, traversé de dissensions qu’elle n’occulte pas. Face aux résistances d’une partie du corps médical et aux carences de la loi, la féministe ne désarme pas, au contraire. Elle rejoint le MLAC de la place des Fêtes. Dans cet étonnant tiers-lieu où le maître mot est « faire soi-même ensemble », les militantes organisent des crèches, des consultations collectives, posent des stérilets et pratiquent des avortements. Et ce jusqu’en 1980, quand le groupe se dissout. « Nous nous sentions moins chaleureuses, plus techniciennes », confie-t-elle.

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