Des personnes se rassemblent sur les lieux de l’attaque armée perpétrée dimanche soir dans le quartier de Gari Ya Waye, à Jos, au Nigeria, le 30 mars 2026.

Des hommes armés non identifiés ont attaqué un bar de Jos, la capitale de l’Etat instable du Plateau, dans le centre du Nigeria, déclenchant des représailles de la part de la foule, selon des sources locales qui ont fait état, auprès de l’Agence France-Presse (AFP), d’une trentaine de morts.

Le Plateau est le théâtre de violences récurrentes dans ses campagnes, principalement liées à des conflits fonciers entre agriculteurs et éleveurs. Jos a connu des épisodes de violences par le passé, mais les attaques meurtrières faisant de nombreuses victimes dans cette ville ont été rares ces dernières années.

Kabiru Sani, le vice-président du conseil du gouvernement local du district nord de Jos, a rapporté à l’AFP qu’au total, entre la fusillade et les représailles qui ont suivi, 27 personnes ont été tuées. Selon Nurudeen Hussaini Magaji, un des responsables de la Croix-Rouge locale, le bilan total s’élève à 33 morts.

« Les assaillants ont ouvert le feu dans un bar » du quartier universitaire d’Anguwan Rukuba, dans le district nord de Jos, selon Mangalle Idris, un responsable de la jeunesse locale. Puis une foule s’est formée et a « attaqué des passants ou des commerçants, les tuant ». Le gouvernement de l’Etat a déclaré que des enquêtes étaient « en cours », sans fournir de bilan ni identifier de suspects, et a instauré un couvre-feu dans le secteur nord de Jos jusqu’à mercredi.

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Impunité

Dans les campagnes de l’Etat du Plateau, les agriculteurs, en majorité chrétiens, et les éleveurs musulmans, majoritairement peuls, s’affrontent depuis des années au sujet de l’accès à la terre, ce qui dégénère parfois en massacres, des villages entiers étant alors vidés de leurs habitants.

Parce que ces violences transcendent les clivages ethniques, certains – y compris des responsables politiques au Nigeria et aux Etats-Unis – ont affirmé que ces meurtres avaient pour mobile la religion, un point de vue fermement rejeté par la plupart des experts.

Le Plateau a déjà été le théâtre de violences par le passé, notamment en 2001 et 2008. Mais les chercheurs attribuent la crise actuelle, qui touche principalement les zones rurales, au changement climatique, à l’exploitation minière illégale et à la croissance démographique qui raréfie les terres disponibles.

L’impunité dont jouissent les auteurs de meurtres dans les zones rurales largement délaissées par l’Etat engendre souvent des représailles. Les tensions sont aussi attisées dans le Plateau par des responsables politiques locaux qui jouent des susceptibilités autour de la question de savoir quels groupes ethniques sont « autochtones ».

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Egalement dimanche, mais dans l’Etat septentrional nigérian de Kaduna, des hommes armés ont fait irruption dans une fête dans le district majoritairement chrétien de Kagarko. « Des bandits ont attaqué une cérémonie de mariage dans le village de Kahir (…), tuant 13 personnes et blessant plusieurs invités », selon un rapport préparé pour l’ONU et consulté par l’AFP.

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Tabara Samuel Kato, le président de l’Union des peuples du sud de Kaduna (Sokapu), la principale organisation socioculturelle des groupes ethniques de la région, a évoqué un bilan inférieur de 12 morts. Un porte-parole de la police a confirmé l’attaque, mais n’a pas fourni de bilan détaillé.

Comme nombre d’autres Etats du nord du Nigeria, celui de Kaduna est la proie de violences de la part de gangs armés localement appelés « bandits » qui pillent les villages et enlèvent certains de leurs habitants, ainsi qu’à une menace djihadiste grandissante, des groupes du Nord-Est étendant leur influence vers l’Ouest.

Kagarko est l’un des épicentres des attaques de « bandits » dans le sud de l’Etat de Kaduna, où des affrontements opposent des éleveurs peuls musulmans à des agriculteurs chrétiens, dans un contexte de rivalité pour l’accès aux terres et aux ressources en eau, exacerbée par le changement climatique.

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Le Monde avec AFP

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