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Histoires Web mardi, mars 5
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Réputé pour ses trucages, à commencer par le plus blâmable d’entre eux (le playback), ce producteur allemand, dont la fortune commerciale s’étend de la fin des années 1970 à celle de la décennie 1980, doit-il être reconnu aujourd’hui comme un visionnaire du simulacre, à mesure que celui-ci se généralise, au studio comme à la scène ? Le musicien Frank Farian est mort à Miami (Floride), à l’âge de 82 ans, a annoncé sa famille le 23 janvier. Sa rouerie lui aura permis de vendre quelques centaines de millions de disques – quantité de copies ayant circulé dans l’ex-Union soviétique – sous les deux entités que ce pygmalion aura créées de toutes pièces : le groupe caribéen Boney M. et Milli Vanilli.

Le premier émerge en 1976 avec le mégatube Daddy Cool, produit et coécrit par Farian. C’est surtout lui qui donne de la voix mâle à la place de celui qui est censé être le seul homme du quatuor à plumes et paillettes : Bobby Farrell (1949-2010), un DJ de l’île néerlandaise Aruba, présenté comme un proxénète dominant son harem enchaîné, nu, sur la pochette du deuxième album, Love for Sale. Parmi les trois femmes, Maizie Williams (originaire de Montserrat), est, elle aussi, réduite au silence. Les deux autres, les Jamaïcaines Liz Mitchell et Marcia Barrett, exercent en revanche leurs talents et contribuent, avec l’imparable ligne de basse, à propulser Daddy Cool au sommet des classements européens.

« Rivers of Babylon », « Rasputin »…

Pendant deux saisons, les succès s’enchaînent pour Boney M. : Sunny, une reprise du classique soul de Bobby Hebb, Ma Baker, Belfast, Rivers of Babylon, Rasputin. Tous numéros 1 en République fédérale d’Allemagne et en Autriche. C’est encore Farian que l’on retrouve derrière un autre groupe disco, les Britanniques Eruption, qui percent en 1979 avec leur version de One Way Ticket, chanson de Neil Sedaka. Son studio, près de Francfort, assoit la réputation allemande pour la musique de danse, après le Musicland fondé à Munich par l’Italien du Tyrol Giorgio Moroder.

A l’approche de la quarantaine, Frank Farian a pris une belle revanche, après avoir longtemps galéré dans le milieu musical. Né sous le nom de Franz Reuther le 18 juillet 1941, à Kirn, en Rhénanie-Palatinat, il n’a jamais connu son père, tué cette même année sur le front russe. Cuisinier, il découvre le rock’n’roll et le rhythm’n’blues dans un pays favorisé par la présence des bases américaines. Et forme le groupe Frankie Farian und die Schatten. En vedette, donc, avec ses « ombres » d’accompagnateurs, portant des cagoules façon Ku Klux Klan pour le single Shouting Ghosts, en 1964.

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