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Histoires Web mardi, mars 5
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Le 15 janvier 2019, Emmanuel Macron lançait le grand débat national en réponse à la crise des « gilets jaunes » : trois mois pour sonder les Français à travers des déplacements, une plate-forme numérique et des cahiers de doléances ouverts dans les mairies. Ce dernier mode de consultation fut particulièrement plébiscité : on recense 19 899 cahiers, contenant plus de 200 000 contributions rédigées à la main dans environ 16 500 mairies. La poignée de chercheurs qui travaillent à analyser ces écrits, ici retranscrits dans leur version originale mais raccourcis, y voient un matériau précieux pour saisir les préoccupations des habitants des territoires ruraux.

« Une maman comme tant d’autres »

« Monsieur le Président, j’aimerais que vous expliquiez à ma fille de 5 ans pourquoi maman ne met pas le chauffage partout dans la maison ? (…) Pourquoi le soir maman mange ce qu’il reste dans son assiette ou bien une tasse de café ? (…) Pourquoi maman a traversé beaucoup de rues très loin de la maison pour enfin décrocher un emploi précaire alors que selon vous une seule rue suffisait ? (…) Pourquoi maman utilise la prime de Noël pour payer la taxe d’habitation et audiovisuelle avec des pénalités de retard ? Pourquoi maman se sent heureuse et dit qu’elle est riche quand elle arrive à s’offrir un café en terrasse bien meilleur qu’à la maison ? Pourquoi maman sait déjà qu’elle ne pourra pas lui payer de grandes études ? (…) Monsieur le Président, pensez surtout à lui expliquer comment fait maman pour rester digne et humble quand les préoccupations du peuple vous passent au-dessus de la tête (…) Une maman comme tant d’autres ! » (A Libourne, en Gironde)

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« Il y a beaucoup d’a priori sur le travail en milieu rural »

« Nous sommes en zone rurale où personne ne veut venir, alors qu’il y a un réel potentiel de travail et aussi une réelle qualité de vie. Je pense que la décision doit venir d’en haut pour faire venir les médecins et autres professionnels de santé dans nos territoires ruraux. Peut-être obligation d’effectuer des stages en milieu rural au cours de leurs études, ou obligation (tout court) de travailler trois ou cinq ans en campagne. Il y a beaucoup d’a priori sur le travail en milieu rural et il serait nécessaire de faire évoluer ces idées préconçues et archaïques. »
(A Azerables, en Creuse)

« Les centres décisionnels se sont éloignés des citoyens »

« Je trouve absolument aberrant la constitution d’une immense Communauté de communes (alors que notre com-com fonctionnait très très bien) et d’une immense région Nouvelle-Aquitaine. Ces deux mesures ont eu pour effet d’éloigner les centres décisionnels des citoyens alors que le gouvernement prétend vouloir se rapprocher du “peuple”. De plus les frais de déplacement et de fonctionnement n’ont fait que croître. Une citoyenne rurale fortement attachée à la démocratie représentative, persuadée du rôle fondamental et primordial du maire et du conseil départemental, fervente républicaine laïque et européenne convaincue. »
(A Auzances, en Creuse)

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