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Depuis quelques mois, le registre des bénéficiaires effectifs des sociétés monégasques connaît une activité inhabituelle. Un flot ininterrompu de chefs d’entreprise défile devant le petit bureau, signalé par une simple feuille de papier, au cœur de la Direction du développement économique.

« Aujourd’hui, ça va encore. L’autre fois, la file faisait un serpentin », raconte, en ce mois de décembre 2023, un chef d’entreprise taillé à quatre épingles. Mais l’exercice de transparence, qui vise à répertorier les véritables propriétaires de sociétés derrière d’éventuels prête-noms, agace certains. « Maintenant, on veut savoir comment vous vous coiffez le matin, votre taille de chaussure », soupire l’un d’eux, en attendant de remplir ses formalités.

Cette effervescence est le résultat d’une mobilisation générale des autorités monégasques qui cherchent à tout prix à éviter de rejoindre la « liste grise » des pays déficients en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Car le Rocher vit sous la menace d’une dégradation de sa réputation en tant que place financière internationale et pourrait se retrouver dans la même catégorie que les îles Caïmans, le Panama et les Emirats arabes unis.

Le coup de semonce est venu de Moneyval, un organisme du Conseil de l’Europe chargé d’évaluer le niveau de conformité et l’efficacité des outils de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Son rapport d’évaluation de Monaco, rendu en décembre 2022, reconnaît certes les progrès et les efforts déployés par la Principauté, mais pointe aussi une série de « lacunes », « vulnérabilités », « défaillances », et déplore l’« absence d’analyse de certains risques ». Monaco n’est pas à la hauteur sur une grande partie de la cinquantaine de critères d’évaluation de sa grille.

La Principauté pâtit, selon Moneyval, de « son ouverture à l’international, particulièrement au niveau de l’offre de services bancaires et financiers », qui en fait une « cible de choix pour les flux financiers suspects ». Monaco est prisé par de nombreux criminels comme place du blanchiment de maints crimes et délits commis à l’international : fraude fiscale, détournements de fonds, corruption. La question de la dissimulation d’avoirs russes sur place depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en est une illustration récente.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « La bataille européenne contre le blanchiment d’argent se dote de nouvelles armes »

Verdict courant 2024

« La Principauté est déterminée à poursuivre la mise en œuvre des recommandations de Moneyval afin d’être en conformité avec les normes internationales les plus exigeantes », a rapidement fait savoir le chef du gouvernement, Pierre Dartout, après la publication du rapport. Depuis, une période d’observation de douze mois a débuté pendant laquelle Monaco doit démontrer des efforts pour se conformer aux règles internationales et ainsi éviter de se retrouver sur la « liste grise » des juridictions soumises à une surveillance renforcée. La décision reviendra, au cours de l’année 2024, au Groupe d’action financière (GAFI), organisme intergouvernemental chargé de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

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