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Histoires Web samedi, mai 18
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NETFLIX – À LA DEMANDE – SÉRIE

Découvrir Mon petit renne sur Netflix, c’est comme si, dans une boîte de confiseries industrielles, on tombait sur un bonbon au goût inédit, complexe, organique, dangereux, dont on ne sait s’il enchante ou empoisonne. Le contraste entre cette minisérie britannique en forme d’autofiction et le tout-venant de la production est violent.

En un peu plus de trois heures (sept épisodes), Richard Gadd, le créateur et protagoniste de Mon petit renne entraîne dans des recoins terrifiants, met en danger personnages et spectateurs, sans effets spéciaux ni poursuites en voiture, se contentant de matériaux ordinaires, la raison, les sentiments, le désir, l’argent (ici, plutôt le manque de…).

Après avoir quitté son Ecosse natale pour Londres, afin d’y tenter sa chance sur les scènes de stand-up, Richard Gadd fut, en 2015, l’objet des attentions obsessionnelles d’une femme qui s’insinua dans sa vie au point de faire de celle-ci un enfer. De cette expérience Gadd a tiré d’abord un spectacle seul-en-scène, et maintenant cette série.

Cruauté extraordinaire

Avant d’évoquer le moteur narratif de Mon petit renne – l’irruption de Martha (Jessica Gunning) dans la vie de Donny (Richard Gadd, qui a rebaptisé tous les personnages) –, il faut dire quelques mots de ce dernier. Autant que la peinture d’un événement catastrophique, ces épisodes forment un autoportrait d’une cruauté extraordinaire.

Hâve, craintif, empêché dans son corps comme dans sa parole, Donny ne fait pas un comique très convaincant (ça tombe bien, il pratique l’« anticomédie »). Sa physionomie famélique et sa propension à se flageller, et peut-être son ascendance écossaise, lui donnent des airs de prédicateur puritain qui n’aurait dans son viseur qu’un seul pécheur, lui-même. Scénario et mise en scène reviennent sans cesse à cette part de masochisme du personnage, à sa difficulté à sortir de son état de victime.

Pour gagner l’argent que la comédie ne lui rapporte pas, Donny est serveur dans un pub de Camden, à Londres, où entre, un jour, une quadragénaire un peu forte au rire sonore. Martha dit être avocate, mais elle n’a pas les moyens de se payer une tasse de thé. Elle affuble le barman du sobriquet de « mon petit renne » (« baby reindeer ») – et l’on saluera le courage de Netflix d’avoir accepté de voir le surnom devenir titre, au risque de faire croire aux enfants que Santa Claus fait des heures supplémentaires.

Richard Gadd consacre les premiers épisodes à la mise en scène minutieuse des erreurs que commet son alter ego face à l’invasion de sa vie. Il ne s’agit pas ici de mettre en valeur l’inversion des rôles dans une affaire d’atteintes sexuelles, d’équilibrer on ne sait quelle balance entre hommes et femmes. Jessica Gunning ne laisse jamais planer de doute sur la dangerosité de son personnage, pas plus que sur sa souffrance. Martha accable sa proie d’un flot d’e-mails, surgit dans le public de ses spectacles, dans les fêtes entre amis, dans les réunions de famille. Il suffit à Donny de consulter Google pour découvrir qu’elle a déjà été condamnée pour harcèlement. Il lui faut pourtant des mois pour demander l’aide de la police.

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