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« Dans le luxe, le marché prédominant est celui de la mode féminine. Alors pourquoi les femmes ont-elles de plus en plus de mal à s’asseoir aux tables des conseils d’administration des marques ou à décrocher des postes de directrice artistique ? C’est quelque chose de très déroutant pour moi. » C’est fin novembre 2023, lors d’une conférence en marge d’une remise de prix organisée par les champagnes Veuve Clicquot, que la créatrice de mode britannique Stella McCartney a fait cette déclaration. Et les récents jeux de chaises musicales et nominations au poste de directeur artistique des grandes maisons de mode et de luxe ne peuvent que lui donner raison.

Après le départ de la créatrice Sarah Burton, c’est l’Irlandais Sean McGirr qui a été nommé chez Alexander McQueen, en octobre. Le Milanais Walter Chiapponi a, lui, été nommé chez Blumarine en novembre. Ce transfuge de la marque Tod’s a laissé sa place vacante à l’Italien Matteo Tamburini, nommé dans la foulée. Début décembre, la maison française Rochas à quant à elle annoncé la nomination de l’Italien Alessandro Vigilante, qui a succédé au jeune Charles de Vilmorin. Autant de trentenaires ou quadragénaires, dont les premières collections sont attendues dans les prochains mois et qui sont passés par différentes maisons prestigieuses – Gucci, JW Anderson, Dolce & Gabbana ou encore Bottega Veneta. Et qui ont tous en commun d’être des hommes.

Où sont donc passées les directrices artistiques ? « Historiquement, l’habillement est pourtant une affaire de femmes, et cela dès le Moyen Age, rappelle Xavier Chaumette, historien de la mode. L’industrie textile est alors menée par les tisserandes. De plus, les femmes contrôlaient la fabrication du vêtement domestique au sein du foyer. » Au XVIIIe siècle, c’est une femme qui va institutionnaliser la création de vêtements. Rose Bertin est la modiste personnelle de Marie-Antoinette, surnommée par cette dernière la « ministre des modes ». « C’est grâce à elle que des femmes d’origine modeste ont eu accès à une professionnalisation et à une tarification dans la confection au XVIIIe siècle. Elles venaient toutes d’un milieu modeste et ont réussi, grâce à la mode, à gagner une position sociale. »

Au début du XXe siècle, de nombreuses maisons de mode françaises sont ensuite créées par des femmes : Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin, Elsa Schiaparelli, Gabrielle Chanel ou Madame Grès. Plus près de nous, dans les années 2010, les nominations de Phoebe Philo chez Celine, Clare Waight Keller chez Chloé ou encore l’arrivée de Maria Grazia Chiuri chez Dior en 2016, première femme nommée à ce poste au sein de la maison, laissaient entrevoir de profonds changements, après l’ère des hommes superstars, à l’image de John Galliano, Tom Ford ou Marc Jacobs.

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