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Meryl est ravie. Elle qui, pendant des années, a œuvré dans l’ombre des succès du rap français (Soprano, SCH, Shay…) en tant que coautrice est enfin reconnue pour sa propre musique, une sorte de cocktail de tous les rythmes qui traversent ses Caraïbes. Conséquence heureuse du changement de vote des Victoires de la musique, décernées vendredi 9 février, et de la place prédominante donnée aux producteurs de spectacles, de nombreux artistes des musiques urbaines (rap, reggae, R’n’B) se retrouvent (enfin) nommés dans les catégories reines des récompenses de l’industrie du disque. Gazo parmi les artistes masculins, Aya Nakamura chez les artistes féminines et le très discret Josman pour la catégorie « meilleur album de l’année ».

Avec un EP, Ozoror, publié début 2023 et une tournée dans tout l’Hexagone, Meryl concourt, elle, dans les catégories « révélation féminine » et « révélation scène » : « Je prends cette nomination comme un encouragement, résume-t-elle. Je travaille beaucoup et je suis contente de savoir que je ne le fais pas pour rien. »

La jeune femme de 28 ans travaille surtout la nuit, en studio à Paris, pour ne pas souffrir du décalage horaire. Elle passe en effet sa vie entre sa Martinique natale, où elle puise son inspiration, et Paris, où elle a créé son label, Maison Caviar. Elle chante aussi bien en créole qu’en français : « Quand tu es né aux Antilles, explique-t-elle, le créole fait partie de ton quotidien. Tout le monde le parle, ce n’est pas une langue morte. Beaucoup de producteurs, ici, ont encore des questionnements sur l’accessibilité de notre musique en créole. Pour moi, c’est un faux débat. Sur les plates-formes de streaming, il y a des titres dans notre langue qui enregistrent des records. »

« Un carrefour culturel »

Sa musique est, selon elle, à l’image de la position géographique de son île : « La Martinique est un carrefour culturel, résume-t-elle. Nous sommes dans le fief même de ce qui influence le monde : du reggae au zouk, en passant par la trap du sud des Etats-Unis et le reggaeton en Colombie. » La dernière tendance musicale est d’ailleurs diffusée depuis la République dominicaine voisine, avec le dembow, rythmique jamaïcaine que se sont approprié les Portoricains et les Dominicains pour inventer le reggaeton : « A la Martinique, le dembow fait partie des musiques les plus écoutées, mais c’est encore sous les radars, car les paroles sont très crues. »

Meryl propose sa version avec son nouveau titre, Bigidi, qu’elle chante en créole. En revanche, quand elle veut raconter ce qu’elle a vécu pendant son enfance, elle le fait en français dans le morceau Vite : « Peu de moyens, écrit-elle. Beaucoup d’OGM. J’ai grandi la rage au ventre. » De son vrai nom Cindy Elismar, la chanteuse habitait à Saint-Esprit, une commune rurale au centre de l’île. Sa mère, dit-elle, était « la première de sa famille à avoir fait des études », mais ses parents, à cause du fort taux de chômage, ont dû batailler : « J’ai eu une enfance remplie d’amour parce qu’ils ont tout fait pour que je sois éduquée et en bonne santé, nuance Meryl, mais, financièrement, ce n’était pas la joie. Je pense qu’une bonne partie de la population antillaise vivait un peu comme moi : beaucoup d’OGM, de bouffe rapide à préparer pour justement libérer du temps pour le travail. »

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