
« Je ne suis pas antitech. » Meredith Whittaker a cru bon de le préciser au journaliste du magazine Wired qui l’interviewait en 2024. Il faut dire que, pour les géants du numérique, la cofondatrice de l’AI Now Institute et présidente de Signal fait office d’irritant. Du genre acéré et tenace. Avec en ligne de mire leur produit phare : l’intelligence artificielle (IA), qui, pour elle, n’a rien de la révolution technologique qu’ils vantent à longueur de discours, et sert avant tout à décupler le pouvoir de ces groupes. « Cette histoire qu’on nous raconte, selon laquelle ces technologies sont intelligentes, telles des divinités, et peuvent effectuer n’importe quelle tâche mieux que les humains, est une façon d’installer encore davantage ces entreprises au cœur de nos infrastructures. Cela représente un danger pour la démocratie », expliquait-elle au Monde en mai 2024.
Le problème lui a sauté aux yeux en 2012. Elle est alors salariée de Google, arrivée là un peu par hasard, six ans plus tôt, au service client, après des études littéraires. Elle monte en grade, lance des groupes de recherche, et s’étonne que, soudain, dans l’entreprise, tout le monde ne parle plus que des prouesses du « machine learning », l’apprentissage de la machine. « Attendez, c’est quoi le machine learning ? », se demande-t-elle alors. « Oh, donc vous prenez des données pourries qui, selon vous, représentent les sentiments humains (…), vous mettez tout ça dans une sorte de modèle statistique, et vous appelez ça de l’intelligence ? », rapporte-t-elle à Wired une douzaine d’années plus tard. « Je me suis dit : “Attendez, non, vous ne pouvez pas faire ça.” »
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