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ARTE – DIMANCHE 28 JANVIER À 21 H 00 – FILM

Cet espion-là n’a pas besoin de permis pour que son sillage soit jonché de cadavres. Il lui suffit de travailler pour la CIA entre Bagdad et Amman. Roger Ferris, le héros de Mensonges d’Etat, porte sa nationalité comme une malédiction, et Ridley Scott, le réalisateur, traite les aventures de son antihéros comme un pèlerinage expiatoire, le second d’un diptyque après Kingdom of Heaven (2005), situé pendant la première croisade.

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Malgré son âge (il est né en 1937), Scott fait preuve de plus de grâce dans l’art de la guerre numérique que dans celui du maniement de l’estoc, et Mensonges d’Etat restera comme l’un des plus réussis des films d’action nés des décombres du 11-Septembre.

Adapté d’un roman du journaliste David Ignatius (publié en France en 2007 par Odile Jacob) par le scénariste des Infiltrés (2006), William Monahan, Mensonges d’Etat est écrit pour deux personnages : Roger Ferris (Leonardo DiCaprio), homme de terrain, arabophone qui paie abondamment de sa personne, et Ed Hoffman (Russell Crowe), bureaucrate dont la vie matérielle est banlieusarde, de ses réunions à Langley (QG de la CIA) aux courses au supermarché en Virginie, pendant qu’il fait couler le sang par le seul truchement de l’oreillette de son téléphone portable.

En dessous de la réalité

A chaque fois que Roger Ferris a une bonne idée, qu’il recrute un déserteur d’Al-Qaida en Irak ou qu’il monte une opération avec les services jordaniens, Ed Hoffman fait tout rater à force de suffisance, de foi dans les méthodes les plus brutales. On pourrait croire à la caricature si la lecture des pages internationales de la presse américaine n’avait pas démontré que l’énorme talent que Russell Crowe met à rendre son personnage répugnant reste un peu en dessous de la réalité. Quant aux qualités de martyr de Leonardo DiCaprio, elles ne sont plus à démontrer depuis Blood Diamond (2007) et Les Infiltrés (2006).

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Ridley Scott prend un plaisir évident à mettre en scène les sales tours que la CIA sort de son sac à malices, plein de drones, de mouchards cybernétiques et de bonnes vieilles séances de torture.

Ferris et Hoffman tentent de faire sortir un dirigeant terroriste de la clandestinité en inventant un groupe concurrent. Mais pour ce faire, ils ont besoin de la collaboration du chef du renseignement jordanien, Hani Pacha (interprété par le Britannique Mark Strong avec une suavité plus qu’orientale). Tout ira de travers jusqu’à ce que l’agent de la CIA se rende à l’idée que seuls les Orientaux peuvent régler les problèmes de l’Orient.

Pour arriver à cette conclusion, le film perd un peu de la précision oppressante qui a fait son charme pendant sa première moitié. Mais jamais il ne se départ de son aspect faussement documentaire, de son réalisme en trompe-l’œil qui est en fait une forme parfaitement aboutie de spectacle.

Mensonges d’Etat, de Ridley Scott, avec Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Mark Strong (EU, 2008, 128 min).

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