Une publicité pour Polymarket à New York, en novembre 2025.

Le site américain Polymarket, interdit en France, qui propose à ses utilisateurs de parier des cryptomonnaies sur des événements d’actualité ou des résultats sportifs, a noué un partenariat avec l’entreprise Palantir pour surveiller certaines transactions liées aux sports. Annoncée le mardi 10 mars, cette collaboration a lieu à travers Vergence AI, une coentreprise lancée en 2025 par Palantir Technologies, géant américain de l’analyse des données créé par Peter Thiel et connu pour ses liens avec les agences de renseignements, et TWG AI, une société spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée au sport.

La mission de Vergence AI sera de surveiller les transactions Polymarket dédiées aux pronostics sportifs. Les technologies promises par Vergence AI permettent de surveiller en quasi-temps réel les flux de transaction dédiés à des paris, de filtrer les participants non autorisés, ou encore, de générer des rapports de conformité.

Cette annonce s’inscrit dans le cadre des efforts de Polymarket pour se faire reconnaître comme une plateforme de marchés légale. Le site est actuellement bloqué ou interdit dans nombre de pays européens et plusieurs nations asiatiques, car ne respectant pas les règles habituelles liées aux jeux d’argent et de hasard. Comme les autres « marchés de prédictions » (prediction market, en anglais), Polymarket permet à ses utilisateurs d’acheter et de vendre des produits financiers liés à la probabilité de survenance d’événements, des résultats électoraux jusqu’aux frappes militaires.

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Multiplication des soupçons de délits d’initiés

Longtemps cantonnés à une niche de passionnés de cryptomonnaies, Polymarket et son concurrent Kalshi ont fait une percée aux Etats-Unis ces derniers mois, s’appuyant sur la permissivité de l’administration Trump et sa bienveillance à l’égard des développements de tels services. Polymarket et Kalshi se positionnent désormais en concurrence aux sondages et aux paris sportifs traditionnels, et ont noué à ce titre divers partenariats avec de grands médias américains (CNN, CNBC, Wall Street Journal).

Mais cette visibilité s’est accompagnée d’une pression croissante sur Polymarket et Kalshi, soupçonnés de permettre l’exploitation lucrative d’informations privilégiées. Les accusations de délits d’initiés se sont multipliées, surtout en lien avec la politique internationale de l’administration Trump, dont Polymarket est très proche. Donald Trump Jr, le fils du président américain, a investi dans l’entreprise basée à New York, et a rejoint son conseil consultatif en août 2025. Le cofondateur de Palantir, Peter Thiel, figure proche de Donald Trump, avait aussi investi dans Polymarket dès 2024, alors que l’accès au site était encore suspendu aux Etats-Unis.

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Les observateurs des volumes d’échanges en cryptomonnaies liés à Polymarket ont encore récemment détecté des comptes qui auraient engrangé environ 1,2 million de dollars de bénéfices en pariant sur la date du déclenchement des opérations militaires américaines contre l’Iran, quelques heures seulement avant les premières frappes. Derrière ces mises, la société d’analyse crypto Bubblemaps, basée à Paris, a identifié « six suspects de délit d’initiés ».

En janvier, un autre utilisateur aurait empoché plus de 400 000 dollars de profit en pariant environ 33 000 dollars sur l’éviction du président vénézuélien Nicolas Maduro, quelques heures avant que les premières informations ne filtrent. Dans la foulée, les sénateurs (démocrates) Jeff Merkley et Amy Klobuchar ont déposé un projet de loi pour interdire au président, au vice-président et aux élus nationaux d’échanger sur ces plateformes.

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Le Monde avec AFP

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