Histoires Web dimanche, février 22

La jeune femme sort un volumineux trousseau de clés, deux pour chacune des quatre mairies dont elle s’occupe. Celle de Sansan – un modeste bâtiment beige foncé des années 1980 qui abrite aussi la salle des fêtes de ce village de 102 habitants – se résume à deux bureaux au dallage fauve : celui du maire et celui de Nathalie Muller, secrétaire de mairie. Elle y passe une demi-journée par semaine. Le reste de son temps se partage entre les trois autres villages de ce coin du Gers, sous l’eau en cette journée de tempête de mi-février. Durban, 160 habitants, Traversères, 72, et Ornezan, 260 habitants. Une campagne de terres céréalières et de résidences secondaires.

Une fois les rideaux ouverts et le chauffage allumé, la trentenaire récupère un combiné téléphonique dans un placard et allume son ordinateur. Pas de temps à perdre en ce début de semaine : il faut lire les mails, veiller à relayer les alertes de Météo France sur les intempéries en cours et l’arrêté d’interdiction de circulation dans les massifs forestiers édicté par la préfecture. Sur son bureau en coin, deux écrans, une agrafeuse et un pèse-lettres. Dans son dos, une grosse imprimante déverse les courriers que le maire doit signer. De son écriture ronde de gauchère, l’agente communale de 38 ans consigne dans un cahier les courriels qui sont arrivés dans le week-end : une demande de subvention pour une classe verte, une notification du fonds de compensation de la TVA, une convocation pour l’assemblée du syndicat intercommunal d’électrification, l’annonce de la modification du logiciel du centre départemental d’incendie et secours… autant de dossiers à traiter avant la fin de journée. Le lendemain, Nathalie Muller doit assurer sa permanence à Ornézan. Puis viendra le tour de Durban, et de Traversères, que la secrétaire de mairie rejoindra à bord de sa Renault Clio blanche. « Ma voiture, c’est mon deuxième bureau ».

Un coup de fil lui fait lever le nez de son écran : c’est le service urbanisme du pays d’Auch, qui signale le dépassement de délai d’un permis de construire d’un agriculteur. « Il va falloir que je lui explique qu’il faut recommencer la procédure, en faisant appel à un architecte, cette fois-ci. Et que je lui fasse remplir le Cerfa », remarque la fonctionnaire municipale. Le maire, Jacques Sonilhac, passe la tête et l’observe un moment enchaîner mails et courriers. La jeune femme, les cheveux bruns relevés en queue-de-cheval dans une grosse écharpe aux tons pastel, se concentre sur son écran tout en bavardant. « Depuis qu’elle est là, je suis pratiquement en vacances. Tous ces rapports avec la trésorerie, les démarches et dossiers à faire, c’est trop lourd pour moi. Et puis, il y a plein de choses que je ne sais pas faire », avoue cet ancien menuisier de 72 ans.

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