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C’est une année qui annonce une révolution dans la lutte contre le paludisme. Après une phase pilote lancée 2019 au Kenya, au Malawi et au Ghana, qui a permis le déploiement du premier vaccin RTS, S du laboratoire britannique GSK contre la maladie parasitaire, le précieux sérum est en cours d’acheminement depuis la fin de l’année 2023 dans treize pays africains sur les 28 pays qui prévoient une mise en œuvre courant 2024 lors de campagnes de vaccination spécifiques.

En novembre, le Sénégal, le Burkina Faso, le Liberia, le Niger et la Sierra Leone avaient reçu 1,7 million de doses. Au courant du mois de janvier, le Bénin, le Burundi, l’Ouganda, la République démocratique du Congo (RDC) et le Cameroun ont bénéficié de livraisons qui vont permettre la vaccination de millions de personnes, en majorité des enfants, premières victimes de la maladie. Le paludisme, transmis à l’être humain notamment par la piqûre de certains moustiques, tue 600 000 personnes par an, l’Afrique supportant 95 % des décès qui surviennent dans le monde.

Le Cameroun a même fait le choix d’introduire, lundi 22 janvier, le vaccin RTS, S directement dans sa stratégie nationale de vaccination de routine. Une première en Afrique, qui marque un « tournant » dans la lutte contre cette maladie, a expliqué à l’AFP Aurélia Nguyen, directrice des programmes de GAVI, l’Alliance du vaccin, qui pilote ce déploiement à grande échelle.

La coalition qui regroupe l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Unicef, la Fondation Bill et Melinda Gates (partenaires du Monde Afrique) et la Banque mondiale travaille en partenariat avec les grands donateurs internationaux, les gouvernements, les acteurs de la société civile et l’industrie pharmaceutique pour permettre l’accès, en partie gratuit, aux pays en développement aux vaccins nécessaires à une santé de base. GAVI investit un montant initial de près de 160 millions de dollars (147 millions d’euros) pour un déploiement plus large du sérum dans les pays où la maladie est endémique sur la période 2022-2025.

Dans la première phase pilote au Kenya, au Malawi et au Ghana, 6 millions de doses du vaccin RTS, S ont été administrées, et plus de 2 millions d’enfants ont pu être vaccinés, entraînant une baisse de la mortalité de 13 % et une réduction substantielle des cas graves de paludisme, selon les données de l’OMS. Avec la préqualification par l’OMS d’un deuxième vaccin antipaludique, le R21/Matrix-M du laboratoire américain Novavax – qui a démontré une efficacité encore supérieure – et un déploiement possible dès 2025, la lutte contre le paludisme doit entrer dans une nouvelle dimension.

Pourquoi cette journée est-elle si particulière pour l’Afrique ?

Aurélia Nguyen C’est un jour un peu historique. Jusqu’à maintenant, on avait fait des introductions pilotes à petite échelle au Kenya, au Ghana et au Malawi pour comprendre comment utiliser le vaccin. Au Cameroun, on passe directement à l’introduction du RTS, S dans la stratégie nationale de vaccination de routine.

C’est vraiment un tournant. Il a fallu trente ans pour mettre au point ce premier vaccin contre le paludisme. C’est une maladie très difficile, parce qu’elle est transmise par un parasite qui a un cycle de vie très compliqué. Ce nouvel outil, qui a une efficacité et une sûreté démontrées sur le terrain, va nous être très utile : c’est un outil complémentaire important qui vient s’ajouter à la prévention existante [pulvérisations, moustiquaires imprégnées, etc.].

Il y a eu beaucoup de progrès dans la lutte contre le paludisme, mais on était arrivé à un moment où ces progrès ralentissaient. Dans certains pays, le nombre de cas, les hospitalisations et les décès commencent à remonter. Les causes sont variées : le réchauffement climatique, les déplacements de populations…

Pourquoi le Cameroun. Qu’en est-il des autres pays ?

On a d’abord décidé de se concentrer là où le besoin était le plus élevé. Le Cameroun est un des pays où l’incidence de la maladie est assez forte. On se concentre surtout sur les zones géographiques où l’incidence est la plus élevée et où l’impact sera donc positif. Au Cameroun, 30 % des consultations médicales sont liées au paludisme. Avoir un outil préventif comme le vaccin va permettre de libérer le système de santé, d’avoir moins d’hospitalisations et de décès.

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Et on travaille pour mettre le vaccin en place dans le plus de pays possible et le plus rapidement possible. Vingt-huit pays veulent déployer cette vaccination. On espère que dans les deux ans à venir, on va avoir une mise en place assez large. On se concentre d’abord sur les zones les plus à risque, et puis, petit à petit, on va pouvoir étendre en fonction de ce que les pays veulent faire. Le Cameroun n’est pas le seul à recevoir des vaccins. Neuf autres pays, en plus des trois pilotes, ont déjà reçu des doses et procèdent à la phase de mise en place avec des campagnes de vaccination.

Est-ce que le vaccin intéresse d’autres continents ?

C’est une maladie qui est transmise par un moustique et on voit que les zones géographiques où ces moustiques prolifèrent augmentent. L’Inde, l’Asie plus largement, l’Amérique latine mais aussi le sud de l’Europe, où le paludisme retrouve de la vigueur, pourraient être intéressés. Des discussions sont en cours avec certains pays de ces zones qui, s’ils sont éligibles à recevoir l’appui de GAVI, auront droit au même programme que celui que l’on est en train de déployer en Afrique.

Le Monde avec AFP

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