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Les accusations portées par Israël contre des employés à Gaza de l’Agence de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) sont très graves. S’il s’avère que les douze personnes mises en cause ont effectivement participé, sous une forme ou sous une autre, aux massacres de civils israéliens perpétrés par le Hamas, le 7 octobre 2023, l’agence onusienne devra prendre les mesures à la hauteur de l’atteinte ainsi faite à sa réputation et à sa crédibilité. Des licenciements ont déjà été annoncés et des poursuites judiciaires évoquées en dépit de la situation en cours dans l’étroite bande de terre.

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Depuis plus de trois mois, l’UNRWA est en effet confrontée, à Gaza, à la pire situation de son histoire. La riposte israélienne, particulièrement meurtrière, à la tragédie du 7 octobre a précipité une crise sanitaire et alimentaire sans précédent, qui place l’agence aux avant-postes alors que le nombre de victimes palestiniennes a déjà atteint des niveaux totalement inédits. Ses employés ne sont pas épargnés. Des dizaines d’entre eux ont été tués à la suite de frappes israéliennes. Le 25 janvier, l’UNRWA annonçait ainsi que l’un de ses abris, surpeuplé du fait des déplacements massifs entraînés par les combats, avait été la cible d’un tir direct de l’armée israélienne. Ce bombardement avait causé la mort de treize personnes.

Les relations déjà exécrables entre Israël et les Nations unies ne peuvent que se détériorer encore davantage du fait de ces accusations. Depuis le début de la crise en cours, les autorités de l’Etat hébreu ont multiplié les signes de défiance envers les agences, qui dénoncent sans relâche le désastre humanitaire en cours. Elles ont aussi accusé à de multiples reprises le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dont elles ont demandé la démission, de faire ni plus ni moins le jeu des responsables des massacres. Ce fut notamment le cas lorsque le responsable de l’ONU a provoqué une réunion du Conseil de sécurité, en décembre 2023, dans l’espoir d’obtenir un arrêt des combats.

Véritable dilemme

Cette hostilité exacerbée a un soubassement politique. Une partie des responsables politiques israéliens juge illégitime le maintien de l’UNRWA, créée en 1949, après la première des guerres israélo-arabes, qui avait entraîné un exode de dizaines de milliers de Palestiniens chassés des territoires conquis par l’Etat hébreu. L’existence de cette agence spécifique est d’autant plus menacée qu’Israël considère qu’elle maintient artificiellement l’un des principaux contentieux du conflit qui l’oppose aux Palestiniens : le sort des réfugiés des guerres israélo-arabes de 1948-1949 et de 1967, qui s’ajoute au devenir des territoires conquis par la force, lors du second conflit, tout particulièrement la partie orientale de Jérusalem.

Plusieurs pays, au premier rang desquels les Etats-Unis, ont réagi aux accusations en suspendant leur participation financière à l’agence. Une mesure conservatoire peut se comprendre jusqu’à ce que l’UNRWA puisse répondre de manière détaillée aux accusations, mais elle pose un véritable dilemme compte tenu des conditions de survie qui sont celles aujourd’hui des Palestiniens à Gaza. Les actes d’une dizaine d’employés ne doivent pas être instrumentalisés contre une agence tout entière, dont l’action est aujourd’hui indispensable pour éviter une catastrophe encore plus grande.

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Le Monde

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