Qui verra ses tâches allégées ? Qui se sentira « augmenté » ? Qui sera « remplacé » ? Bien qu’à ses balbutiements, le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) générative dans les entreprises françaises a déjà commencé à redessiner les tâches et à interroger sur les conséquences à moyen terme de ces évolutions.
Comme si elles voulaient se montrer rassurantes, les directions baptisent souvent les assistants d’IA développés en interne d’un prénom familier : c’est « Emma » chez Mondial Assistance, branche de l’assureur Allianz. Capable de répondre aux automobilistes en cas de panne ou d’accident. « Mais ça ne veut pas dire que l’humain disparaît, assure Lydie Hippon-Darde, directrice générale de l’entreprise. Le rôle des conseillers va évoluer, pour se concentrer sur les situations qui nécessitent plus de discernement, alors que l’IA ne sait pas avoir de l’empathie. »
La perception des salariés face à cette technologie est différente. « Quand vous appelez, le robot répond automatiquement, résume Sandrine (le prénom a été modifié), employée de la plateforme d’assistance du Mans. Si le robot comprend toutes les réponses, il gère seul la totalité du remorquage. C’est uniquement quand il ne vous comprend pas qu’il vous met en relation avec un chargé d’assistance. » Ce qui lui fait craindre d’être « remplacée quand le robot sera bien au point ».
En décembre 2025, un accord d’entreprise a permis de lancer une démarche de gestion des emplois et parcours professionnels pour « accompagner » l’introduction des outils d’IA, « travailler sur les mobilités et garantir des transitions professionnelles sécurisées », détaille Mme Hippon-Darde. En effet, les orientations stratégiques présentées en 2025 devraient avoir un impact sur 350 à 450 des 2 000 postes de la société. « On nous dit que les personnes concernées seront reclassées. Mais ça aura forcément ses limites, s’inquiète Sandrine. On n’est pas contre le progrès, mais l’IA va tellement vite qu’on ne sait pas ce qu’on sera devenu dans cinq ans. »
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