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La devanture est celle d’un hôtel lambda. Le genre d’établissement qui fait aussi brasserie, sur la place du marché dominical d’Aubière, commune de la banlieue de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). A l’intérieur pourtant, ni touriste ni client. Les chambres de l’établissement sont occupées par vingt-trois jeunes suivis par l’aide sociale à l’enfance (ASE), dont plusieurs mineurs non accompagnés. Au rez-de-chaussée, une poignée d’entre eux déguste des lasagnes devant un écran branché sur Netflix. Le 25 janvier, Lily, 15 ans, s’est donné la mort dans sa chambre, qu’elle occupait depuis août 2023.

Le drame, révélé par le média local Mediacoop, a marqué les jeunes et les professionnels qui entouraient la jeune fille. Son parcours d’errance, de violences, raconte l’état de la protection de l’enfance aujourd’hui en France. Il dit sa défaillance autant que sa complexité. « On se demande ce qu’on a mal fait », s’interroge Pascal Bertocchi, directeur de l’association Alteris qui accompagnait Lily. En ouverture d’une table ronde de la délégation aux droits des enfants à l’Assemblée nationale, le 31 janvier, Perrine Goulet a déploré « un échec collectif ». « On ne peut pas dire à des parents qu’ils sont défaillants et proposer une autre solution défaillante en échange. A un moment donné, il y a eu un raté », juge la députée MoDem de la Nièvre, présidente de la délégation et ancienne enfant placée.

La mort de Lily intervient dans un contexte politique particulier. L’entrée en vigueur, ce 1er février, de la loi Taquet, votée en 2022, censée améliorer les conditions de repérage, d’accueil et d’accompagnement des enfants relevant de l’ASE, notamment en encadrant les placements en hôtel. Problème, deux ans plus tard, le décret d’application de la loi manque toujours à l’appel.

« C’est l’hôtel ou la rue »

Lionel Chauvin, président du département du Puy-de-Dôme, dénonce un faux débat concernant la mort de Lily. L’établissement en question était « uniquement dédié à l’accueil des jeunes », pointe-t-il, donc selon lui non concerné par la loi Taquet. « Le mot “hôtel” fait tout de suite penser à du “business”, à des marchands de sommeil. Ce n’est pas du tout le sens de cet établissement, qui est un centre d’hébergement habilité par le département depuis huit ans. » Et si l’enseigne n’a jamais été changée, ni la raison sociale du lieu, c’est pour une question « de statut juridique », justifie le gérant de la structure (qui a souhaité rester anonyme). Au département, on ne sait pas trop comment définir ce lieu hybride, que Dominique Puechmaille, procureure de la République de Clermont-Ferrand, qualifie « d’établissement hôtelier sous contrat départemental avec un cahier des charges ».

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