La fermeture de fait par l’Iran du détroit d’Ormuz par lequel transite de 20 % à 25 % du gaz et du pétrole mondial pose des questions géopolitiques essentielles. C’est le nouveau « test d’Ormuz », et il fait des gagnants et des perdants.

La première gagnante est la Russie. L’augmentation du prix du pétrole et du gaz est une excellente nouvelle pour les recettes de l’Etat russe et donc pour le financement de sa guerre de conquête en Ukraine. Mais on aurait tort de se focaliser seulement sur le marché de l’énergie. La situation actuelle vient également renforcer la mainmise de la Russie sur le prix mondial de productions agricoles de première nécessité, comme le blé. Pas de blé sans engrais, pas d’engrais sans gaz, et pas de gaz sans Russie. Voilà l’équation qui permet au régime de Poutine de fixer de fait le prix mondial du blé.

Il est trop tôt pour dire si les Etats-Unis seront du côté des gagnants ou des perdants. Le pays est le premier producteur au monde d’énergies fossiles. Toute hausse de prix, qui plus est ici liée à des contraintes sur les capacités de production et d’exportation de producteurs concurrents comme les pays du Golfe, est source de revenus supplémentaires. Donald Trump l’a simplement résumé en disant que les Etats-Unis « se faisaient beaucoup d’argent » ces dernières semaines. Mais l’équation est plus complexe, car les Etats-Unis sont aussi l’un des plus grands consommateurs d’énergies fossiles au monde. L’impact que cette hausse aura sur l’inflation, sujet déjà inflammable pour l’administration Trump, est difficile à prévoir en fonction de la durée de la fermeture du détroit.

Investissements chinois

La Chine est, a priori, du côté des perdants, car elle importe massivement son gaz et son pétrole, notamment d’Iran. Mais, depuis des décennies, les dirigeants chinois ont conscience de la vulnérabilité que représente cette dépendance et investissent comme nulle part ailleurs dans le monde dans l’électrification de l’économie et tous les segments de la chaîne de valeur de l’électrification : des mines aux voitures en passant par le raffinage et les batteries, pour ne prendre que les exemples les plus connus. Au point que l’on puisse parler d’« electrostate » à comparer aux « petrostates » que sont, par exemple, les Etats-Unis ou la Russie. Il est clair que le test d’Ormuz va conforter les dirigeants chinois dans cette stratégie.

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