Romain Delès est maître de conférences à l’université de Bordeaux, chercheur au Centre Emile-Durkheim et membre junior de l’Institut universitaire de France. Il est l’auteur, dans l’ouvrage qui réunit les contributions des lauréats 2024-2025 de la Fondation pour les sciences sociales – Enfanter. Natalité, démographie et politiques publiques (dirigé par Claudia Senik, La Découverte, 224 pages, 25 euros) –, de « Parents égaux, parents heureux ? Comment les normes de genre s’articulent aux représentations de la parentalité ».

Dans vos travaux sur la famille et l’enfance en Europe, vous repérez un phénomène très français que vous baptisez la « complainte parentale ». En quoi consiste-t-elle ?

Les parents français sont les champions d’Europe du pessimisme parental. On le constate dans la dernière vague de l’International Social Survey Programme [2012], une enquête sociologique internationale : les parents français sont 41 % à estimer que les enfants « empiètent sur leur liberté » contre seulement 9 % en Norvège, 14 % au Danemark, 7 % en Islande et 5 % en Finlande ; 49 % à déclarer que les enfants « limitent leurs possibilités professionnelles » contre seulement 22 % en Finlande, 28 % en Norvège et 30 % en Islande ; 74 % à considérer qu’ils « représentent une charge financière » : le taux le plus élevé, après le Portugal, des 14 pays européens que j’ai étudiés !


Vous imputez cette « complainte » à ce que vous appelez le « régime de genre » français, un modèle que vous définissez comme celui de l’« égalité contrariée ». Quels en sont les principaux traits ?

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