Trevezel, Kador, Trédudon, Ruz et Saint-Michel… Cinq sommets sentinelles qui semblent veiller sur une Bretagne intérieure que l’on connaît bien moins que celle sur le littoral. Ces rocs (roc’h en breton) et ces monts (menez en breton) d’Arrée arrivent d’une ère géologique très ancienne, le paléozoïque. Il y a plus de 300 millions d’années, ils culminaient ainsi certainement autour de 3 000 mètres. Mais l’érosion perpétuelle du Massif armoricain a raboté inlassablement leurs pointes, les ramenant désormais autour des 380 mètres de hauteur. « Ces montagnes qui n’en sont plus se souviennent de l’avoir été », écrivait avec justesse l’auteur Anatole Le Braz (1859-1926).

A la frontière entre la Cornouaille et le Léon, qui forment le Finistère, une ligne de crête d’une quinzaine de kilomètres de long, reliant les cinq fameux sommets, dévoile un paysage de montagne. Les affleurements rocheux, hérissés de plaques de schistes, semblent se répondre dans ce panorama singulier. Autour d’eux, des landes mordorées et des tourbières désertiques paraissent sans limite. C’est comme si, par ici, les hommes n’avaient pas osé s’aventurer. Dans ces hauteurs, seule la petite chapelle Saint-Michel de Brasparts fait une intrusion. Construite au XVIIe siècle, « elle est plantée tel un amer sur le mont et a supplanté la traditionnelle carte postale bretonne du petit port aux caseyeurs multicolores, aux quais de granite bordés de maisons basses ornées d’hortensias bleus », estime Hélène du Gouezou, coautrice du livre Mondes Arrée (Vivre tout simplement, 2023).

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