Le 19 mars, le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, accusé de corruption, a été arrêté peu après avoir annoncé sa candidature à l’élection présidentielle turque de 2028. Beaucoup ont perçu cette décision comme une tentative politique du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, de neutraliser une figure majeure de l’opposition. Cette arrestation a déclenché des manifestations à travers tout le pays, sous l’impulsion d’une partie de la population souvent taxée de dépolitisation : la génération Z [les personnes âgées de 15 à 25 ans, grosso modo].

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La jeunesse est descendue dans la rue en nombre, défiant à la fois le gouvernement et une opposition jugée trop passive. Pour une génération qui a grandi avec le numérique mais accablée par les difficultés économiques, les manifestations dépassent le seul geste politique : elles expriment l’exaspération d’une génération qui « n’a plus rien à perdre ».

L’annulation du diplôme universitaire d’Imamoglu, après son arrestation, a déclenché des manifestations à l’université d’Istanbul, où il a étudié, avant de se propager à l’échelle nationale. Des étudiants des principales universités de Turquie, dont la Middle East Technical University (METU), Hacettepe et Bilkent, ont rejoint le mouvement et transformé une réaction locale en un mouvement national. Les médias sociaux, en particulier X, ont joué un rôle-clé dans la mobilisation. Les diffusions en direct, depuis le compte X d’Imamoglu, des manifestations devant le bâtiment de la municipalité métropolitaine d’Istanbul, dans le quartier de Saraçhane, ont été suivies par plus de trois millions de personnes.

De la rhétorique à la rue

Le parti au pouvoir a affirmé que les arrestations n’étaient pas liées à la candidature de Recep Tayyip Erdogan, tandis qu’Özgür Özel, président du Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste), auquel appartient Imamoglu, les a condamnées comme une « tentative de coup d’Etat ». Malgré les interdictions gouvernementales, des manifestations ont éclaté dans les grandes villes, avec les étudiants en tête. Plus de deux millions de personnes se sont rassemblées à Saraçhane en une semaine, en ignorant les couvre-feux.

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