
Après des mois de négociations, l’Assurance-maladie et les syndicats représentant les 130 000 infirmières libérales françaises s’apprêtent à entériner, mardi 31 mars, un accord prévoyant plus de 500 millions d’euros de revalorisations annuelles de leurs revenus. Jugé « nécessaire » malgré des avancées « insuffisantes » par la profession, le texte vise à corriger des années de stagnation des rémunérations.
L’accord, consulté par l’Agence France-Presse, prévoit ainsi la hausse des tarifs des actes techniques et de la prise en charge des patients dépendants. Il adapte l’exercice à la réforme de juin 2025, qui a élargi les compétences des infirmières et renforcé leur rôle dans le système de soins, afin de faire face à la désertification médicale, au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques.
Nous avons « décidé de signer », « pas parce que le texte est parfait, il ne l’est pas, mais parce qu’il est utile. Dans la situation actuelle, l’utile vaut mieux que l’idéal, l’inaccessible », a déclaré Daniel Guillerm, le président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), premier syndicat représentatif, lors d’une conférence de presse, mardi. L’accord représente 503 millions d’euros de dépenses supplémentaires pour l’Assurance-maladie (remboursements de soins, forfaits, aides…), avec une entrée en vigueur progressive, entre la fin de 2026 et la fin de 2028. A cela s’ajoutent autour de 40 millions d’euros remboursables par les complémentaires santé, a-t-il salué.
Chiffre d’affaires de 306 euros supplémentaires par mois
« Un refus de signer aurait mécaniquement reporté » d’éventuelles hausses de rémunération à 2027, dans un contexte de campagne présidentielle, donc « d’incertitude politique », alors que ces revalorisations sont « urgentes », a justifié M. Guillerm.
Depuis 2008, « le revenu net réel des infirmiers libéraux a reculé de 7,7 % en euros constants ». En 2008, un infirmier « conservait 57 % de son chiffre d’affaires en revenu net ; en 2024, c’était 49 % », a-t-il souligné, s’appuyant sur les données de leur caisse de retraite, la Carpimko.
Grâce à l’accord, une infirmière libérale touchera à la fin de 2027 environ 306 euros mensuels de chiffre d’affaires supplémentaires, soit la moitié en revenu net, selon les estimations du syndicat. Les 200 000 médecins libéraux avaient, de leur côté, obtenu en 2024 un accord à 1,6 milliard d’euros, a observé Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière, un autre syndicat.
Des infirmières frappées par la hausse des prix du carburant
Au-delà de la hausse des tarifs, l’accord permettra également l’inscription dans la loi d’une nouvelle compétence, la « consultation infirmière ». Deux types de consultations seront intégrés « progressivement » aux actes remboursés, en 2027 : l’accompagnement de diabétiques de type 2 nouvellement traités par insuline ; la mise en place d’un suivi après un « bilan prévention ».
Mais des critiques émergent. « Pour des personnes en difficulté », ces revalorisations étalées dans le temps, « ça parait le bout du monde », a déploré sur France-Culture Gaëlle Cannat, présidente du collectif Infirmiers libéraux en colère.
Les infirmières sont aujourd’hui frappées par l’importante hausse du prix des carburants, liée à la guerre au Moyen-Orient, a-t-elle ajouté : « Je fais 150 kilomètres par jour (…). On se retrouve à se dire : est-ce que c’est rentable ? » Outre l’accord, les syndicats réclament des exonérations de taxes sur les carburants, pour « garantir l’accès aux soins ».




