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Histoires Web mercredi, juillet 17
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Les résultats du second tour des élections législatives, le 7 juillet, nous ont accordé un sursis inespéré, mais le pire reste possible à l’horizon de 2027. Non seulement la facture monarchique de la Ve République, redoublée par la verticalité macroniste, a multiplié les frustrations qui nourrissent les tentations autoritaires, non seulement la tripartition politique de l’électorat rend le scrutin majoritaire dangereusement dysfonctionnel, mais notre Constitution nous donne peu de protections durables contre une éventuelle mainmise de l’extrême droite sur l’Etat. Quant à la culture politique dominante, elle est colonisée par des rhétoriques qui configurent ce que la journaliste Isabelle Kersimon appelle Les Mots de la haine (Rue de Seine, 2023), une « alt-réalité », théâtre d’ombres où le « wokisme », le féminisme et la lutte contre les discriminations passent pour des dangers plus grands que le racisme ou l’inféodation au fascisme poutinien.

L’extrême droite diffuse ses thèmes jusque dans des milieux supposés centristes : certains ont mis en équivalence l’union des gauches, commandée par l’urgence, et un parti souhaitant étouffer progressivement l’Etat de droit ; d’autres ont appelé de facto à voter Rassemblement national (RN) pour « faire barrage » à la gauche. Ils n’ont heureusement pas été suivis, mais il reste que les scores des candidats de la gauche, du centre et de la droite libérale ont été dus à un front républicain traversé de fragilités et non à une adhésion programmatique.

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Nous ne sommes pas dans les années 1930 : nous ne vivons pas dans une société brutalisée par une guerre récente ; l’effritement de l’Etat social ne peut pas se comparer aux dévastations d’une crise économique géante ; les masses ne sont pas mobilisées dans des partis militarisés. Mais une passivité mécontente, éloignée de tout désir sacrificiel, souhaite qu’un chef la débarrasse magiquement de la complexité du réel : le RN propose de faire comme si la crise climatique n’existait pas. Seule compte la haine d’une « immigration » non définie, où l’on inclut sans le dire les Français qui ne sont pas blancs, et la défense d’une « identité » tout aussi indéfinie, susceptible de fonctionner comme une arme arbitraire contre n’importe quel citoyen français, de n’importe quelle origine. Le reste du programme du RN semble n’importer ni à ses électeurs ni à ses dirigeants, qui ne cessent de renier leurs promesses prétendument « sociales ».

Avatar de la pensée néolibérale

Le RN puisse sa force dans la façon dont il conjoint une intention discriminatoire sans ambiguïté (contre les binationaux, les « immigrés », les « Français de papier », les « assistés ») et, d’autre part, une pratique de l’équivoque, du mensonge et de l’incohérence qui, loin de lui nuire, lui permettent d’être un agrégateur de haines hétérogènes et de publics dont les demandes économiques et sociales sont incompatibles entre elles. Au Royaume-Uni, le vote pour le Brexit s’était cristallisé autour d’un slogan d’autant plus attractif qu’il n’avait aucun sens précis : « Reprendre le contrôle ».

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