Isabelle Caudal est une salariée fidèle. A 56 ans, elle a passé l’essentiel de sa carrière au sein de la même entreprise, un cabinet d’expertise comptable dans le Morbihan. Mais il y a un an et demi, cette cadre dynamique et investie, qui gérait une centaine de portefeuilles clients, a dû se résoudre à quitter son emploi en raison de son statut d’aidante. « Le cabinet comptable est un monde impitoyable, on doit fournir une production au même titre que dans une usine. Il n’y a pas de place pour la faiblesse. Si vous ne produisez pas, on peut vous jeter du jour au lendemain. » En quinze ans, Isabelle a soutenu trois membres de sa famille. Trois proches, trois pathologies, trois histoires…

Elle a d’abord accompagné son père, amputé d’une jambe en 2011, à la suite d’un diabète. Puis sa mère, dont la maladie d’Alzheimer s’est déclarée quelques années après le décès de ce dernier. Alors, quand son conjoint, âgé seulement de 60 ans, apprend à son tour qu’il est porteur d’une pathologie neurodégénérative, la maladie à corps de Lewy, elle demande à son employeur de passer à mi-temps. Une décision qui, au départ, est plutôt bien acceptée par l’entreprise.

A côté, pour maintenir son salaire, elle se lance dans la gestion d’une société de location de boxes de stockage. Une activité plus souple qui lui permet d’aménager ses horaires de travail. Elle tient tant bien que mal pendant un an. « C’était encore trop de pression. Lorsqu’un client m’appelait et que j’étais à l’hôpital avec mon mari ou ma mère, je ne pouvais pas répondre, et ça créait des désaccords. Il y avait beaucoup de dates à respecter pour les déclarations de TVA, les impôts… Les échéances, je les tenais, mais je devais travailler le soir ou la nuit, pour être sûre d’y arriver, et je ne dormais plus que trois ou quatre heures. » Comme c’est fréquemment le cas chez les aidants, c’est son corps qui la rappelle à l’ordre. Une opération anodine de la vésicule biliaire tourne au cauchemar. « Mon chirurgien ne comprenait pas pourquoi ça ne cicatrisait pas. »

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