Un mot dans l’air. Les crises sanitaire et écologique ont aiguisé l’appétit des consommateurs pour les circuits courts alimentaires. Plus récemment, les débats sur l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur ont renouvelé l’intérêt pour une production agricole de proximité. Cette idée a un nom, le localisme : elle donne la priorité aux enjeux de proximité dans la décision publique, et notamment dans les relations économiques.
Au-delà de l’adhésion qu’elle suscite dans l’opinion, la « pensée locale » est régulièrement investie dans le champ politique. Pour autant, elle reste une notion assez floue, qui n’a ni le même sens ni les mêmes finalités selon la couleur politique de la personne qui la mobilise. Retracer son histoire et les débats qui l’animent éclaire ces contradictions.
La « pensée locale » émerge au XVIIIe siècle, lorsque, face à l’universalisme des Lumières, le philosophe allemand Johann Gottfried von Herder (1744-1803) défend la diversité des cultures au nom du lien que chaque peuple entretient avec son terroir, son « sol natal ». Au XIXᵉ siècle, la révolution industrielle nourrit à son tour, dans les milieux conservateurs européens, une nostalgie des identités locales. « Cette pensée inspire aussi, en France, les républicains désireux de capter le vote rural, qui célèbrent la “petite patrie” dans la “grande patrie” pour maintenir des communautés paysannes fortes », explique l’historien Pierre Cornu.
Alors que l’industrialisation attire en ville des populations jusque-là rurales, la ferme nourricière devient l’un des piliers de la IIIe République (1870-1940). « L’exaltation du modèle de l’exploitation familiale représente un contrepoids au capitalisme industriel et aux mobilités en plein essor, perçus comme les symboles de la perte des valeurs, souligne l’historien. Les productions locales sont célébrées et valorisées. »
Dans cette perspective, le localisme n’est pas sans rapport avec l’agrarisme, cette notion glorifiant les vertus du monde de la terre, des valeurs rurales et des productions locales, qu’elle oppose au nomadisme et au cosmopolitisme urbain. « La société reste aujourd’hui profondément imprégnée de cet imaginaire, beaucoup plus puissant en France que dans les pays voisins », constate l’historien.
Il vous reste 58.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




