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Alors que, depuis des mois, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne cessent d’alerter sur les risques que font courir à l’économie mondiale les dispositions prises dans de nombreux pays, notamment de part et d’autre de l’Atlantique, pour préserver leur sécurité économique et affirmer leur « souveraineté » industrielle, agricole, technologique, les décideurs publics ne semblent pas y attacher beaucoup d’importance.

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Auraient-ils donc tous perdu la raison ? Ou bien ont-ils réalisé que le modèle du consensus de Washington, promu par les organisations internationales depuis quatre décennies, n’avait pas tenu ses promesses et que, n’en déplaise à Margaret Thatcher, qui affirmait qu’il n’y avait « pas d’alternative » à la libéralisation des forces du marché, des alternatives existent bel et bien ?

Dans un monde où les chocs – crise sanitaire, ruptures d’approvisionnement, guerre en Ukraine – ont tous souligné les vulnérabilités que les interdépendances occasionnent, où les tensions géopolitiques sont au plus haut et où la menace d’une guerre entre la Chine et Taïwan devient palpable, doit-on s’étonner que les décideurs souhaitent désormais emprunter un sentier différent de celui sur lequel ils s’étaient engagés jusque-là ?

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D’autant que c’est à coups de subventions et d’investissements publics massifs, bien loin de l’approche prônée par le consensus de Washington, et en tirant profit des transferts de technologie et des investissements directs étrangers, que la Chine a acquis une position dominante dans de nombreuses industries d’avenir, celles-là mêmes que les économies avancées ont délaissées, préférant s’en remettre à leurs avantages comparatifs. Dès lors, doit-on leur reprocher de se soucier davantage des effets délétères de la concurrence chinoise sur l’emploi et les inégalités sociales et de la disparition sur leur sol des industries qui assureront la croissance de demain ?

Le diable se cache dans les détails

Certes, les partisans du libre-échange répondent que les effets inégalitaires du commerce ne doivent pas conduire à des mesures protectionnistes, et qu’il suffit de compenser les perdants par des politiques d’accompagnement. Mais, dans la réalité, cela n’a pas vraiment fonctionné, car il est bien plus facile de laisser les forces du marché se déployer que de mettre en place ce qui pourrait les corriger.

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Ils soutiennent également que les Etats, contrairement aux marchés, n’auraient pas la capacité d’identifier les secteurs à privilégier pour modifier la structure de l’économie, et que le risque d’accaparement par des intérêts privés est trop élevé. Pourtant, comme le rappellent les économistes Réka Juhasz, Nathan Lane et Dani Rodrik, les interventions de l’Etat sont, dans certaines situations, justifiées par la théorie économique, par exemple pour réduire la dépendance à des approvisionnements étrangers afin d’assurer la sécurité économique commune, car cet avantage n’est pas pris en compte dans les décisions des entreprises (« The New Economics of Industrial Policy », Harvard, 2023).

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