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La prohibition du cannabis serait-elle en train de partir en fumée ? Après le Canada et la Californie en 2018, l’Allemagne est devenue le 1er avril 2024 le territoire le plus peuplé au monde à légaliser la consommation récréative du cannabis, craquelant encore un peu plus le consensus international qui existait sur cette question depuis plus d’un siècle.

Cette approche était encore farfelue quand l’Uruguay a ouvert la voie, en 2013, en légalisant de façon encadrée la culture et la consommation de la plante. Si cette drogue
douce se consomme depuis des siècles sous différentes formes pour des usages récréatifs ou thérapeutiques, elle était prohibée dans la quasi-totalité des pays du monde.

Mais contrairement à une idée répandue, cet état de fait était relativement récent dans l’histoire humaine. L’une des premières lois de prohibition du cannabis a été votée en Egypte en 1868, mais la plupart des pays occidentaux n’ont suivi que dans les années 1920 ou 1930. La prohibition ne s’est vraiment mondialisée qu’après-guerre, comme le rappelle le Transnational Institute dans un rapport sur la question.

Le cannabis légalisé pour 4 % de la population mondiale

Au tournant du XXIe siècle, le constat d’échec à l’égard des politiques répressives a conduit les autorités de plusieurs pays à s’interroger sur l’opportunité d’autres politiques alternatives, fondée sur l’idée suivante : puisque nous n’arrivons pas à enrayer les trafics et à dissuader les consommateurs, acceptons cette consommation pour mieux l’appréhender et améliorer la prévention.

Si la question de la légalisation agite le débat politique de nombreux pays, rares sont encore ceux qui franchissent le pas. Selon nos calculs, environ 300 millions de personnes vivent dans des Etats ou territoires ayant légalisé le cannabis, soit un peu moins de 4 % de la population mondiale.

La dépénalisation, une solution intermédiaire qui séduit

En revanche, un grand nombre de gouvernements ont fait un autre choix pour desserrer l’étau répressif : la dépénalisation. La consommation ou la culture du cannabis restent officiellement illégales, mais elles sont tolérées ou soumises à des peines beaucoup moins lourdes, allant de la simple amende aux travaux d’intérêt général, en passant par la prescription d’une cure de désintoxication. Dans l’immense majorité des cas, cette politique de tolérance est réservée à la consommation personnelle de drogue, en petites quantités, et n’exonère pas les trafiquants. Elle maintient aussi souvent d’importantes contraintes pour les usagers (interdiction de fumer en public en Espagne et en Ukraine, pénalisation en cas de récidive en Italie, en Israël et en Lettonie, etc.).

Cette solution intermédiaire, généralement motivée par des visées pragmatiques, a séduit de nombreux gouvernements d’Europe et d’Amérique depuis le début du siècle. Pour plusieurs Etats américains, cela a représenté une première étape avant la légalisation pure et simple.

Le cannabis thérapeutique toujours peu accessible

Au-delà de l’enjeu récréatif, la question du cannabis se pose également sur un plan médical. De nombreux malades réclament, en effet, d’accéder à la marijuana ou aux dérivés du cannabis non pas pour « planer » mais pour soigner ou atténuer douleurs, nausées, vomissements ou manque d’appétit. Cet usage, déjà connu chez les Romains et redécouvert au milieu du XIXsiècle par le médecin irlandais William Brooke O’Shaughnessy, est appuyé par des recherches récentes, qui montrent qu’il peut être utilisé comme bronchodilatateur (pour l’asthme), antispasmodique (Parkinson ou sclérose en plaques) ou comme vasodilatateur (pour le glaucome).

Cette reconnaissance progressive des vertus thérapeutiques du cannabis a conduit, ces dernières années, de nombreux gouvernements à infléchir leur législation pour le rendre accessible aux malades. Mais derrière la quarantaine de pays concernés par le « cannabis thérapeutique » se décline une grande variété de situations : il est vendu en pharmacie sans ordonnance en Macédoine du Nord, cultivé par l’armée en Italie, accessible seulement sur prescription en Argentine, et uniquement sous forme de spray au Brésil. En Hongrie, certains médicaments à base de cannabis sont accessibles aux patients atteints de sclérose en plaques, mais seulement après une validation, au cas par cas, des autorités.

La France isolée en Europe

L’Hexagone, bien que souvent cité comme le plus gros consommateur d’Europe de cannabis – en particulier dans sa version récréative – fait figure de quasi-exception sur le continent. Aucun gouvernement français n’a jamais avancé vers la dépénalisation ou la légalisation. Même si la majorité macroniste a assoupli en 2020 la réponse pénale pour la consommation simple de cannabis, désormais punie d’une amende forfaitaire, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, assume une logique répressive. Début 2024, il a annoncé vouloir « taper la politique de l’offre autant que celle de la demande » et a proposé d’étendre les tests salivaires sur la voie publique.

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Seule l’utilisation thérapeutique est légale en France, depuis 2013. Mais cette légalisation officielle est, dans les faits, toute relative : seul le Sativex, l’un des médicaments souvent utilisés pour traiter la sclérose en plaques, a reçu une autorisation de mise sur le marché en 2014 – mais il n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord entre son fabricant et l’Etat. Quant au Marinol, il est accessible sur dérogation individuelle depuis le début des années 2000. Cette situation, régulièrement critiquée par les associations et certains professionnels de santé, commence à faire figure d’exception en Europe, où les législations se sont fortement assouplies depuis le début des années 2000.

Cet article est une remise à jour d’une précédente version publiée en 2018.

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