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Histoires Web mercredi, juillet 17
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Le GIEC entretient le déni climatique. Tout comme la notion d’anthropocène, qui s’est imposée pour étiqueter notre ère, celle pendant laquelle l’humain serait devenu la principale force de transformation de la planète. Voilà l’entrée en matière tonitruante de cet essai de Jason W. Moore, qui envoie une grenade sur le front des tenants d’une écologie raisonnable ne considérant à ses yeux que la moitié du problème : le réchauffement, jamais ses responsables. « Le nouveau consensus climatique reconnaît la réalité géophysique tout en refusant de nommer le système », attaque ce professeur de sociologie à la Binghamton University (Etat de New York).

Contre cette dépolitisation, L’Ecologie-monde du capitalisme. Comprendre et combattre la crise environnementale (Amsterdam, 280 pages, 20 euros) vient à point nommé dans le paysage actuel des idées, marqué par le face-à-face entre deux écologies en apparence irréconciliables.

L’une, qui gravite dans l’orbite de la philosophie de Bruno Latour, pense notre condition depuis des concepts comme l’anthropocène, Gaïa ou le vivant. Face à cette galaxie, l’écomarxisme oppose un capitalocène mettant au cœur de la crise écologique le capitalisme et ses structures de domination. Jason W. Moore, qui s’inscrit dans cette tradition, va plus loin en hybridant les deux : son capitalocène s’intéresse à la façon dont le capitalisme façonne un « tissu de la vie » et développe une « géohistoire » reliant évolution géophysique et action humaine.

« Nature bon marché »

L’auteur déploie deux trajectoires dans cet ouvrage qui n’évite pas les redondances, sûrement parce qu’il regroupe trois textes – deux ont paru dans The Journal of Peasant Studies en 2017 et le troisième dans Abstrakt en 2021. Qu’importe, ce que Jason W. Moore veut nous dire est déjà bien assez dense : sa première « géohistoire » est matérielle, remontant à la « date capitale » de 1492. L’arrivée en Amérique de Christophe Colomb ouvre, jusqu’à la révolution industrielle, trois siècles où les grands « projets civilisateurs » ont produit une abstraction, la « nature bon marché », et une accumulation primitive reposant sur « l’extraction du travail non payé des femmes, de la nature et des colonies ».

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Cette première globalisation a bouleversé la face du globe. Mais elle a aussi révolutionné les mentalités. Jason W. Moore complète sa géohistoire matérielle par une brillante trajectoire intellectuelle, montrant comment cette période a légué à la modernité trois structures de pensée au cœur de la crise écologique : le dualisme nature-société, la réduction intellectuelle des grands phénomènes en jeu (occultant la complexité de processus comme l’industrialisation) et la négation des relations (ce qui autorise notamment à traiter les animaux comme des machines).

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