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Pour les écologistes, le mouvement de protestation des agriculteurs n’a peut-être qu’un mérite : mettre sur le devant de la scène la question agricole et environnementale, à quatre mois des élections européennes du 9 juin. Pour le reste, les Verts n’ont que des coups à prendre, dans ce nouvel épisode de leur histoire mouvementée avec le monde agricole. Pour chaque José Bové, il faut compter des dizaines d’agriculteurs encartés à la FNSEA, syndicat majoritaire, ulcérés par les injonctions écologistes. Cette incompréhension entre une partie des agriculteurs et EELV se double d’une instrumentalisation politique à grande échelle. Au niveau européen, les coalitions se font et se défont désormais autour de l’écologie, nouveau clivage entretenu notamment par la droite et l’extrême droite.

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En France, le premier ministre, Gabriel Attal, s’en est saisi, mardi 23 janvier, à l’Assemblée nationale. Il a fustigé les « larmes de crocodile » de l’opposition écologiste et de gauche : « A chaque difficulté, vous répondez en général en pointant du doigt nos agriculteurs », en les présentant « comme des bandits, comme des pollueurs de nos terres, comme des tortionnaires de leurs animaux ». Une intervention qui a laissé dépitée la députée EELV de la Drôme Marie Pochon après sa question au gouvernement, elle qui est « fille et petite-fille de vignerons ». « Il a choisi la solution de facilité. Gabriel Attal laisse les écologistes seuls à défendre l’écologie et l’Europe », estime-t-elle.

Pour le reste, les Verts sont abasourdis de se retrouver pointés du doigt, alors que cela fait longtemps qu’ils ne sont plus au gouvernement. Et que depuis cinquante ans, le syndicalisme agricole est d’abord dominé par la FNSEA. « Ce n’est pas nous qui élaborons les politiques agricoles actuelles ! », s’exclame le député européen David Cormand. Mais l’écologie, un mot qui sert parfois à désigner la réglementation européenne, les normes environnementales ou encore les décisions préfectorales locales en matière de retenues d’eau ou d’extension, est devenue apte à fédérer les colères. « Il y a un mouvement agrarien, qui repose sur des représentations fantasmées, estime David Cormand, les paysans, ce n’est pas eux qui font les voix de l’extrême droite. Mais l’agriculture est un des lieux d’une nostalgie de l’authenticité… » Ou l’agriculture comme point d’appui pour les conservateurs et l’extrême droite, partout en Europe, des Pays-Bas à l’Allemagne.

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« Nos destins sont liés »

Ce n’est pas que la relation entre les agriculteurs et les écologistes soit inexistante en France. Loin de là, elle a une histoire, ancienne, de l’agronome René Dumont aux faucheurs volontaires, jusqu’à l’actuel député européen et éleveur Benoît Biteau. Mais c’est une histoire minoritaire. Le projet des Verts, nourri notamment d’un dialogue avec le syndicat agricole de la Confédération paysanne revient quasiment à une révolution du modèle agricole. Ainsi, Marie Toussaint, tête de liste écologiste aux européennes estime que « le contrat social est rompu entre les agriculteurs et le pays ». « Ce moment doit être l’occasion de refonder le pacte agricole avec la nation, en se posant la question de ce que l’on veut produire, et comment. Il faut faire de cette crise l’occasion d’un sursaut », affirme-t-elle, prônant une annulation de la dette des agriculteurs, une garantie de revenu pour trois ans pour leur permettre une meilleure planification mais aussi la sortie des accords de libre-échange et une lutte contre les marges de l’agroalimentaire.

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