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Longtemps, « l’école des enfants » n’a pas posé problème. Un ministre de l’éducation nationale inscrivait naturellement ses enfants dans l’enseignement public ou les y réinscrivait discrètement au moment de sa nomination. Dans le cas contraire, pour des ministres comme François Bayrou (1993-1997) et François Fillon (2004-2005), l’argument de la foi catholique avait suffi à clore le sujet. La polémique autour de la scolarisation des trois fils d’Amélie Oudéa-Castéra – rétrogradée aux sports et aux Jeux olympiques, son ministère d’origine, jeudi 8 février, et remplacée par Nicole Belloubet – au collège catholique Stanislas, à Paris, démontre un évident changement d’époque.

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Plusieurs éléments se sont cumulés pour expliquer la violence des débats : indépendamment du choix de l’école privée, qui appartient à chaque parent, Mme Oudéa-Castéra a assumé une forme de séparatisme scolaire, tout en critiquant l’école publique sur la base de « souvenirs » d’absences de professeurs qui n’ont pas eu lieu. Le profil de l’établissement, visé par un rapport de l’inspection générale pour des faits d’atteintes aux valeurs de la République et de contournement des réformes, n’y est pas non plus étranger.

Avant ce cas paroxystique, la question de la scolarité des enfants – ou celle des ministres eux-mêmes – était déjà devenue un enjeu : l’inscription des enfants de Pap Ndiaye (2022-2023) à l’Ecole alsacienne a fait débat en 2022, de même que la scolarité qu’y a effectuée Gabriel Attal, son éphémère successeur, avant d’être nommé premier ministre. L’arrivée de Mme Belloubet, dont les trois enfants, ainsi qu’elle-même, ont fait leur scolarité dans l’enseignement public, pourrait suspendre un temps ce débat.

Pourquoi le parcours scolaire du titulaire de la fonction et de sa famille entre désormais en compte dans l’appréciation de sa légitimité ? Première hypothèse : l’évolution des rapports de force internes au ministère de l’éducation. « Auparavant, et presque en continu jusqu’à Vincent Peillon [2012-2014], il fallait a minima être agrégé de l’enseignement secondaire, voire universitaire, pour accéder au poste », fait valoir la chercheuse Annabelle Allouch. Ce choix d’un ministre « parmi ses pairs » reflétait une très forte cogestion du système éducatif avec les syndicats.

« A partir du moment où le pouvoir des syndicats s’est affaibli, le fait de choisir une personne issue du monde enseignant a perdu de son importance », ajoute Mme Allouch. Dès lors, la légitimité à diriger le service public d’éducation s’est déplacée vers le champ des choix personnels, perçus comme le reflet des valeurs de l’individu.

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