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Qui tape « Eau de pluie + boire ? » sur Google obtient cette réponse : « Non, il est strictement interdit de consommer l’eau de pluie. En effet, l’eau de pluie peut présenter une contamination chimique, notamment après ruissellement sur une surface contaminée. Elle peut également présenter une contamination bactérienne ou parasitaire si elle est stockée dans une cuve (ministère de la transition écologique). » Dissuasif…

Aucune loi n’interdit de consommer l’eau de pluie. Mais l’arrêté du 21 août 2008, qui réglemente sa récupération (en aval de toitures inaccessibles) et son usage, n’autorise explicitement que l’arrosage, les nettoyages extérieurs, le remplissage de la chasse d’eau, le lavage des sols et du linge – à condition de recourir à un dispositif de traitement de l’eau adapté. Toute utilisation alimentaire (boisson, cuisine) ou sanitaire (douche, lavabo, vaisselle) est proscrite.

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Les militants de l’autonomie en eau interprètent l’arrêté de 2008 à leur avantage, estimant que l’eau potabilisée par leurs soins n’est plus de l’eau de pluie, et donc sort de son champ d’application. « Nous ne sommes pas hors la loi, en consommant l’eau de pluie que nous potabilisons. Nous sommes dans un trou réglementaire. En fait, nous relevons du code de la santé publique. Or, dans le cadre familial, nous ne sommes pas soumis à des contrôles sanitaires », insiste Pierre Guillaume, fondateur de l’entreprise Perperuna, qui fournit expertise et matériels permettant l’autonomie en eau.

Vent de fronde

Le 29 août 2023, un décret est venu ajouter à la confusion. Traitant à la fois des eaux pluviales et de la réutilisation des eaux usées, il semble interdire l’arrosage du potager à l’eau du récupérateur ou de la citerne, et plus encore, l’ensemble des usages domestiques. Devant l’émoi provoqué par le texte, les ministères de la santé et de la transition écologique ont dû préciser en octobre que l’arrêté de 2008 restait en vigueur, que d’autres textes réglementaires devraient sortir début 2024, qu’il ne fallait y voir nulle volonté de saborder l’utilisation de l’eau de pluie, dans le respect des règles sanitaires.

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Trop tard. Un vent de fronde s’est levé. Sur le site Change.org, une pétition (« Touchez pas à notre eau de pluie ») a recueilli plus de 16 600 signatures. Un recours contentieux a été déposé devant le Conseil d’Etat, le 26 octobre, par le Syndicat des industriels français de l’eau de pluie. Un autre se prépare, sous la houlette de Pierre Guillaume. L’eau de pluie, sujet inflammable ! Les mégabassines des agriculteurs l’ont déjà prouvé : « La question de l’eau devient un sujet politique en France. Sa raréfaction en fait un enjeu, et l’on assiste à une petite hystérisation du débat », observe Bertrand Gonthiez, auteur de Récupérer et utiliser l’eau de pluie (Eyrolles, 2009).

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