En 2022, l’institut CNRS Sciences humaines & sociales lance un groupe de réflexion pluridisciplinaire sur le travail. Sa première mission : « Etablir une cartographie des “forces” de recherche française » sur le sujet, afin de mieux comprendre leur structuration et, au-delà, mettre en lumière « les enjeux associés au travail » et « sa position comme objet de recherche ». Le Travail et la Société française (CNRS Editions) est le fruit de ce projet d’ampleur. L’ouvrage collectif a été rédigé sous la direction du politiste Thierry Berthet et de la sociologue Delphine Mercier, tous deux directeurs de recherche au CNRS, qui ont également assuré la coordination du groupe de réflexion pluridisciplinaire.

Balayant les différentes sciences humaines et sociales, les auteurs permettent en premier lieu de saisir les fortunes diverses qu’a connues la question du travail au cours des trente dernières années. Elle a su s’ancrer au cœur de certaines disciplines tels la sociologie, le droit ou l’ergonomie. Le travail apparaît, en revanche, comme « un champ encore trop négligé » en anthropologie, et même « un impensé » faisant l’objet d’un « déni disciplinaire » en sciences de gestion.

Une question se pose alors : comment les chercheurs ont-ils appréhendé l’étude d’un travail touché par des mutations profondes, faisant face à de multiples défis (technologique, écologique, démographique, géopolitique…) ? Au fil des pages, l’ouvrage souligne les inflexions des laboratoires, l’évolution des terrains d’étude tout comme celle des approches privilégiées. Autant de reflets des mutations à l’œuvre dans le monde du travail, mais aussi, plus largement, dans la société – le travail étant « un sujet de société majeur », rappelle l’ouvrage.

Une « crise d’échelle »

En droit, par exemple, des chercheurs se sont penchés sur le « travail du “care” », sur le statut juridique des aidants. La philosophie sociale s’est, quant à elle, « enrichie d’une prise en compte des théories de la reproduction sociale et des approches écologiques et écoféministes du travail », note Emmanuel Renault, professeur de philosophie à l’université Paris-Nanterre.

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