« A ce moment-là, j’ai vu ma vie défiler… » Les yeux rougis par les coups, et embués par les larmes qu’il retient, Flavel peine à raconter. Avec plus de silences que de paroles, il tient pourtant à témoigner des violences infligées par des fonctionnaires de police, le 16 mars, dans le centre-ville de Noisiel (Seine-et-Marne), dont les images ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux. Ce soir-là, des policiers l’interpellent violemment et le place en garde à vue pour des violences contre un poste de police municipale… auxquelles il n’a pas participé.

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Samedi 21 mars, il reçoit dans son appartement, soutenu par son frère et sa compagne. Cinq jours après les faits, les stigmates demeurent : l’œil gauche poché, un genou abîmé qui le fait claudiquer, une toux inquiétante qui le coupe régulièrement, et un regard fatigué, qui semble peiner à comprendre les événements. Un bilan médical provisoire lui a reconnu cinq jours d’interruption totale de travail.

« J’ai des douleurs à la tête, au dos, à la jambe, mais surtout, la nuit, je n’arrive pas à dormir, j’ai des flashs de la scène qui me reviennent », explique ce père de famille de 35 ans, qui a derrière lui une carrière musicale. Plutôt que son vrai nom, il préfère que l’on utilise son nom de scène, Flavel, car ses « collègues ne le connaissent pas, et il n’y a pas besoin qu’ils soient au courant de tout ça ».

« Tout ça » a débuté lundi 16 mars. Journée banale pour Flavel, qui quitte son poste d’agent d’accueil dans une salle de sport vers 22 h 30. Il l’ignore, mais la tension monte dans le centre de Noisiel depuis quelques heures. Vers 21 heures, selon un communiqué du parquet de Meaux, trois jeunes adultes sont interpellés – les deux premiers pour « violations d’interdictions administratives de paraître délivrées dans le cadre de la loi (…) “narcotrafic” », le troisième pour « provocation à la rébellion ».

Détonations au loin

Deux heures plus tard, plusieurs dizaines de personnes, dont de nombreux mineurs, se réunissent à proximité des locaux de la police municipale. Flavel revient de son travail, et se gare 150 mètres plus loin, cour des Roches, à proximité d’un des rares lieux de restauration rapide encore ouverts à cette heure tardive. Là, « je dis bonjour au serveur, je réfléchis au menu que je veux prendre, puis on entend des bruits à l’extérieur », se souvient-il.

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